Dans une publication relayée sur son compte Twitter, Jean Claude Katende, Président national de l’ASADHO, a tiré la sonnette d’alarme sur ce qu’il qualifie de dérive inquiétante : la judiciarisation et le harcèlement systématique des lanceurs d’alerte en République démocratique du Congo.
Ce constat intervient alors que plusieurs acteurs engagés dans la défense de la transparence financière sont confrontés à des poursuites et pressions administratives.
Muteba et Mandianga : deux cas emblématiques
Jean Claude Katende rappelle d’abord l’affaire visant le professeur Florimond Muteba, ex-président de l’ODEP, poursuivi après avoir dénoncé le partage injustifié d’importantes sommes d’argent entre les membres du Conseil d’administration de l’ARPTC.
Selon Katende, « les faits dénoncés par le professeur Muteba sont vrais et documentés », pourtant l’affaire reste pendante devant le Tribunal de paix de Kasa-Vubu.
Un autre cas vient renforcer ces inquiétudes : celui de Valérie Mandianga, coordonnateur du Centre de recherche en finances publiques et développement local.
Alors qu’il s’apprêtait à se rendre à Lubumbashi le 10 novembre 2025, la DGM l’a empêché de voyager et a confisqué son passeport, sous prétexte d’un dossier judiciaire ouvert contre lui. Son « tort » : avoir dénoncé des irrégularités présumées dans la gestion des fonds du Programme de Développement Local des 145 Territoires.
Un climat d’intimidation qui fragilise l’État
Pour Katende et de nombreux observateurs, ces poursuites successives semblent pointer un schéma récurrent :
? intimider ceux qui dénoncent les abus,
? neutraliser les voix critiques,
? éviter la transparence sur la gestion des fonds publics,
? utiliser des procédures judiciaires ou administratives pour freiner les enquêtes citoyennes.
Une telle dynamique, si elle se confirme, risque de dégrader la qualité de la gouvernance, déjà mise à rude épreuve par les scandales financiers récurrents. Elle expose également le pays à un affaiblissement institutionnel profond, car la lutte contre la corruption repose précisément sur ces contre-pouvoirs.
Pourquoi les lanceurs d’alerte sont indispensables à la bonne gouvernance
Dans les démocraties modernes, les lanceurs d’alerte jouent un rôle crucial :
? ils mettent en lumière les détournements, surfacturations et abus de pouvoir ;
? ils alertent l’opinion et les autorités sur les dérives financières ;
? ils renforcent la transparence et la confiance citoyenne ;
? ils permettent de corriger les failles au sein des institutions.
En RDC, où les ressources sont précieuses et la demande sociale immense, s’attaquer à ceux qui veillent sur les finances publiques revient à punir la vigilance au lieu de sanctionner les abus.
Jean Claude Katende souligne l’urgence de mettre en place un cadre légal fort pour protéger ceux qui dénoncent des faits de mauvaise gestion.
Un tel dispositif devrait prévoir :
? la protection contre les poursuites abusives,
? l’interdiction des mesures d’intimidation telles que les restrictions de voyage,
? des mécanismes sécurisés de signalement,
? des sanctions contre les responsables de représailles.
Plusieurs pays africains ont déjà adopté ce type de législation, renforçant la lutte contre la corruption. La RDC gagnerait à suivre cette voie.
La manière dont l’État congolais traitera les affaires Muteba et Mandianga constituera un signal majeur :
soit celui d’un pays décidé à protéger ses ressources et à encourager la transparence, soit celui d’un système qui préfère réduire au silence ceux qui dénoncent les dérives.
Pour Jean Claude Katende, la conclusion est claire :
« Il devient urgent de protéger les lanceurs d’alerte pour qu’ils contribuent efficacement à une gestion saine des finances publiques. »
Un appel qui résonne comme un avertissement mais aussi comme une opportunité pour la RDC de démontrer sa maturité institutionnelle.
