Un télégramme émanant du Vice-Premier Ministre de l’Intérieur et Sécurité, signé par le vice-ministre des Affaires coutumières, est parvenu cette semaine à l’Assemblée provinciale du Haut-Uele. Ce document recommande la surséance immédiate de la plénière qui devait examiner la motion de défiance contre le gouverneur Jean Bakomito. Il rappelle également au président de l’Assemblée provinciale les instructions dites « fermes » du Chef de l’État, relatives au moratoire portant suspension des motions et pétitions dans les provinces.
Si, pour Kinshasa, il s’agit de prévenir des crises institutionnelles, la démarche soulève de vives interrogations juridiques et politiques au sein de la classe dirigeante locale. En effet, l’interdiction de fait imposée aux Assemblées provinciales de fonctionner normalement apparaît à plusieurs élus comme contraire à la Constitution, laquelle garantit la liberté de contrôle parlementaire et l’équilibre des pouvoirs.
Un risque de dérive institutionnelle
De nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer ce qu’elles considèrent comme une entrave grave au fonctionnement démocratique des provinces.
Des analystes, comme plusieurs députés provinciaux, estiment que suspendre les mécanismes de contrôle parlementaire pourrait créer des tensions plus profondes que celles que l’on prétend éviter. La Constitution consacre expressément le rôle de l’Assemblée provinciale dans l’évaluation de l’action gouvernementale, y compris par le biais de motions de défiance.
Dans ce contexte, le message adressé au comité provincial de sécurité pour empêcher physiquement l’accès des députés à l’hémicycle est jugé encore plus préoccupant. Une telle mesure, si elle était exécutée, risquerait de saper l’autorité même des institutions provinciales et d’alimenter un climat de méfiance entre les pouvoirs exécutif et législatif.
La gouvernance du Haut-Uele au cœur des critiques
Pour plusieurs élus du Haut-Uele, la motion de défiance n’est pas le fruit d’un conflit politique, mais la réponse à une réalité :
la gouvernance de la province, selon eux, souffre de dysfonctionnements majeurs attribués au gouverneur Jean Bakomito. Ils évoquent des problèmes persistants de gestion, un manque de transparence, ainsi qu’une administration jugée inefficace dans plusieurs secteurs.
À leurs yeux, la destitution du gouverneur n’est pas seulement une option, mais une nécessité pour restaurer l’ordre, la bonne gestion et la confiance de la population.
Un appel au sens du devoir et à la maturité politique
Face aux pressions, les députés provinciaux sont appelés à préserver leur indépendance et à incarner une gouvernance responsable. Plusieurs leaders politiques leur demandent de « rester fermes » dans la défense de leurs prérogatives constitutionnelles, tout en évitant les dérives et en privilégiant l’intérêt supérieur de la province.
« J’encourage l’Assemblée provinciale du Haut-Uele à aller de l’avant », déclarent certains parlementaires convaincus que la légalité doit prévaloir sur les injonctions politiques, surtout lorsqu’elles contredisent l’esprit et la lettre de la Constitution.
Entre État de droit et stabilité provinciale
Le Haut-Uele se trouve ainsi à la croisée des chemins :
– d’un côté, le besoin légitime de préserver la stabilité politique ;
– de l’autre, l’impératif tout aussi légitime de garantir le contrôle démocratique et la redevabilité des dirigeants.
Alors que les débats se poursuivent, une certitude demeure : la manière dont cette situation sera gérée fera date, non seulement pour le Haut-Uele, mais pour l’ensemble des provinces confrontées à des défis semblables. Le Travailleur
