Kinshasa, 29 novembre — Chaque 29 novembre, la mémoire collective congolaise se tourne vers l’une de ses plus grandes légendes : Jean-Baptiste Kabasele Yampanya wa ba Mulanga, connu dans le monde entier sous le nom de Pépé Kallé. Né le 30 novembre 1951 à Kinshasa et disparu le 29 novembre 1998, il laisse une empreinte indélébile dans l’histoire de la rumba congolaise et du soukouss, qu’il a contribué à faire rayonner bien au-delà des frontières africaines.
Des débuts modestes au destin exceptionnel
Aîné d’une fratrie de quinze enfants, fils de Papa Angbando et de Maman Mbula, le jeune Jean-Baptiste découvre la musique au sein de la chorale paroissiale. Sa voix puissante et chaude se révèle réellement en 1969, lorsque l’orchestre Bamboula l’intègre dans une formation fortement inspirée de l’African Fiesta de Rochereau et Dr Nico.
Mais c’est grâce à Verkys Kiamuangana, figure majeure de la musique congolaise et dénicheur de talents, que Pépé Kallé s’impose comme chanteur professionnel, d’abord au sein de Vévé, puis du groupe satellite Lipua Lipua, où il chante notamment aux côtés de Nyboma.
En 1972, il prend son envol et fonde, avec Dilu Dilumona et Papy Tex, un trio vocal devenu mythique : Empire Bakuba. L’ensemble emprunte son nom à une tribu guerrière congolaise et revendique une identité musicale enracinée dans les rythmes du terroir. Ensemble, ils bousculeront la scène musicale kinoise durant plus de vingt-cinq ans, une longévité rare dans un milieu à la fois exigeant et instable.
L’ascension fulgurante de l’Empire Bakuba
Le succès arrive très vite avec le titre Nazoki dès 1973. De 1975 à 1977, Empire Bakuba sillonne les pays africains et popularise une nouvelle danse : le masasi calculé.
Dans les années 1980, le groupe devient l’un des plus spectaculaires du continent. Les concerts se transforment en véritables shows, portés par la stature imposante de Pépé Kallé et par la présence d’ambianceurs nains comme Emoro, Joli Bébé, Dokolos ou Dominique Mabwa, faisant du Bakuba Show une marque artistique unique.
Sa musique, souvent directe et populaire, parle aux Kinois : L’argent ne fait pas le bonheur, Dieu seul sait, Simplicité… Et surtout Article 15 (Beta Libanga), véritable hymne social, inspiré de la fameuse maxime de Mobutu : « Débrouillez-vous pour vivre ».
Une carrière internationale et des collaborations mémorables
Installé à Paris en 1985, Pépé Kallé ouvre un nouveau chapitre de sa carrière. Aux côtés de son complice Nyboma, et sous la production d’Ibrahima Sylla, il conquiert le public antillais avec Zouke Zouke puis Moyibi en 1987, faisant de lui une star dans toute la Caraïbe.
La fin des années 1980 et le début des années 1990 marquent une période de créativité intense :
? Pou moun pa ka bougé (1989),
? Tiembe raid pa moli (1990),
? Gérant (1991) avec une équipe musicale exceptionnelle,
? Roger Millan (1990), hommage au footballeur camerounais.
Toujours en quête d’excellence, il collabore avec des géants tels que Lutumba Simaro, N’Yoka Longo, et continue d’enregistrer jusqu’à devenir une figure incontournable de la musique africaine moderne.
La fin d’une ère, mais jamais de la légende
En 1992, le décès tragique d’Emoro, l’ambianceur nain emblématique d’Empire Bakuba, bouleverse l’orchestre. Mais la popularité de Pépé Kallé n’en souffre pas : ses albums Gigantafrique et Cocktail renforcent son statut d’icône.
Le 29 novembre 1998, l’Éléphant de la musique africaine s’éteint à Kinshasa, victime d’une crise cardiaque. Il avait 46 ans.
Il laisse derrière lui non seulement un héritage musical monumental, mais aussi ses petits-enfants, Khristivy Ngomora et Olivia Kabasele-Yampanya, vivant aujourd’hui en France.
Vingt-sept ans après sa disparition, la voix de Pépé Kallé continue de résonner dans les rues de Kinshasa, dans les fêtes de famille, à la radio, sur les pistes de danse et dans le cœur de millions d’Africains.
Il demeure :
– un géant de la rumba,
– un architecte du soukouss,
– un pionnier du spectacle musical,
– un conteur du quotidien,
– une mémoire vivante du Congo.
En ce 29 novembre, la Nation se souvient, et la musique se tait un instant pour saluer celui qui, mieux que quiconque, savait la faire vibrer.
Pépé Kallé vit. Pépé Kallé vivra. Le Travailleur
