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ÉDITORIAL — Washington, L’heure De Vérité

Ce jeudi 4 décembre, Washington deviendra le théâtre d’un moment rare : la rencontre entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame, sous l’œil attentif du président américain Donald Trump et d’une dizaine de chefs d’État. Un sommet présenté comme un acte fondateur, destiné à sceller définitivement l’accord de paix signé le 27 juin dernier entre la RDC et le Rwanda. Une promesse lourde d’espoir, mais aussi de doutes, tant les réalités du terrain contrastent brutalement avec l’élan diplomatique.

Car pendant que les tapis rouges se déroulent à Washington, le fracas des armes continue de résonner dans les montagnes du Sud-Kivu. Kamanyola, Katogota, Kaziba, Mwenga, Kasika : autant de noms devenus synonymes de peur, d’exode forcé et de destruction. Là-bas, les populations, abandonnées à leur sort, comptent les bombes et les morts pendant que l’on discute de paix à milliers de kilomètres. Un contraste insoutenable, presque indécent, mais révélateur de l’urgence absolue.

L’accord de Washington se veut juridiquement contraignant, ambitieux, structuré. Il prévoit la neutralisation des FDLR, des engagements économiques régionaux et un changement profond dans la manière dont Kinshasa et Kigali envisagent leur coexistence. Mais il ne sera viable que si les lignes rouges fixées par la RDC sont respectées : pas de brassage, pas de mixage, pas de paix imposée au prix de l’intégration forcée des groupes armés dans l’armée nationale. Et surtout pas d’accord économique régional sans le retrait complet des troupes rwandaises du sol congolais, une condition incontournable rappelée par Félix Tshisekedi et entérinée par la résolution 2773 des Nations unies.

La médiation américaine, portée par Donald Trump et son conseiller Massad Boulos, affiche trois piliers, paix, partenariats, prospérité. Mais ces ambitions ne suffiront que si la vérité du terrain s’invite enfin dans les salles de négociation. Aucune paix n’est durable lorsqu’elle se construit au-dessus des ruines encore fumantes, sans réparer les injustices, sans sanctionner les crimes, sans entendre les cris des victimes.

À Washington, il ne s’agit plus seulement de signer un document : il s’agit de mettre fin à une guerre de trente ans qui a décimé des générations et englouti tout le potentiel d’une région. L’histoire jugera sévèrement les responsables si cette rencontre n’est qu’une cérémonie de plus, une photo de famille sans lendemain, un énième accord condamné à rejoindre la pile des pactes jamais appliqués.

Le peuple congolais n’a plus le luxe d’attendre.

Washington doit être un tournant, pas une illusion de plus.                      Le Travailleur