Le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, a tenu, à Kinshasa ce jeudi 11 décembre 2025, une séance d’échange avec les membres de la Fédération des Entreprises du Congo (FEC) au Centre financier de Kinshasa. Cette rencontre s’inscrit dans le cadre du dialogue permanent entre le Gouvernement et le secteur privé, alors que la réforme du système de facturation et de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) suscite de nombreuses réactions au sein des opérateurs économiques.
Face aux préoccupations exprimées par les entreprises, le ministre des Finances a réaffirmé la volonté du Gouvernement de moderniser le système fiscal congolais, de renforcer la lutte contre la fraude à la TVA et de garantir une plus grande équité fiscale entre les contribuables. Il a, à cet effet, insisté sur l’engagement des autorités à accompagner les opérateurs économiques afin d’assurer une mise en œuvre progressive, responsable et adaptée aux réalités du terrain, sans remettre en cause les objectifs de la réforme.
La réforme de la facturation normalisée s’inscrit dans la vision du Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, axée sur la mobilisation accrue des recettes internes, l’amélioration de la transparence fiscale et la consolidation de la gouvernance économique. À terme, ces mesures visent à renforcer la capacité de l’État à financer les politiques publiques et à améliorer durablement les conditions de vie des populations.
Introduite dans un contexte de digitalisation progressive de l’administration fiscale, la facture normalisée constitue un outil central de traçabilité des transactions économiques et de sécurisation des recettes de la TVA, longtemps fragilisées par l’informalité et les pratiques frauduleuses.
Un processus jugé irréversible
À la date du 11 décembre 2025, le Gouvernement de la République démocratique du Congo a réaffirmé le caractère irréversible de cette réforme, ainsi que le maintien de l’obligation de délivrance de la facture normalisée, entrée en vigueur le 1er décembre 2025. Les autorités fiscales soulignent toutefois que des mécanismes d’accompagnement restent disponibles pour les entreprises en cours de transition.
Les données communiquées par la Direction générale des impôts (DGI) témoignent d’une montée en puissance progressive du dispositif. À ce jour, 2 452 contribuables se sont engagés dans la procédure de délivrance directe des factures normalisées, plus de 15 000 factures ont déjà été émises, tandis que 886 contribuables ont entamé la procédure d’homologation de leurs propres systèmes de facturation.
Entre résistances et retard technologique
Si la réforme rencontre encore des réticences au sein du secteur privé, certains analystes estiment que ces résistances traduisent une difficulté plus large à s’adapter aux mutations numériques. « Les opérateurs économiques ont souvent tendance à résister au changement sans toujours avancer des raisons valables. La RDC accuse un retard en matière d’économie numérique », observe un analyste économique.
À titre de comparaison, des pays de la région, comme l’Angola, ont déjà généralisé l’usage des terminaux de paiement électroniques pour les micro, petites, moyennes et grandes entreprises. Ces dispositifs, intégrés au système bancaire, permettent une meilleure traçabilité des transactions et un contrôle plus efficace de la fiscalité. Selon cet analyste, le retard congolais s’explique en partie par la lenteur de la modernisation du système de paiement national, un chantier qui relevait notamment de la Banque centrale et qui devait inclure la généralisation des paiements de masse via des terminaux électroniques.
Au-delà des débats conjoncturels, la facture normalisée apparaît comme un levier stratégique pour l’élargissement de l’assiette fiscale, la réduction de l’économie informelle et l’intégration progressive de la RDC dans l’économie numérique régionale. Pour le Gouvernement, l’enjeu est désormais de concilier fermeté dans l’application de la réforme et pédagogie à l’égard des opérateurs économiques, afin d’en garantir l’appropriation et la durabilité. Le Travailleur
