Elles nettoient, cuisinent, gardent les enfants, s’occupent des personnes âgées. Elles portent les foyers congolais à bout de bras. Pourtant, les travailleuses domestiques, communément appelées femmes ménagères, demeurent parmi les plus exploitées et les moins protégées du monde du travail en République démocratique du Congo. Face à cette injustice silencieuse, des voix s’élèvent, tant chez les travailleuses que chez les experts du droit et de la société civile.
À Kinshasa comme dans plusieurs grandes villes du pays, le travail domestique reste enfermé dans la sphère privée, échappant ainsi au contrôle de l’État. « Le principal problème est que ce travail se déroule derrière les murs des maisons, là où l’inspection du travail n’entre presque jamais », explique Maître Jean-Claude Lufungula, juriste spécialisé en droit social. Selon lui, cette situation favorise les abus : salaires arbitraires, licenciements sans préavis, absence de repos et parfois des violences verbales.
Du point de vue légal, le vide est plus pratique que juridique. « Contrairement à ce que pensent beaucoup d’employeurs, la loi congolaise reconnaît bel et bien les droits des travailleuses domestiques », souligne Mme Chantal Mbuyi, inspectrice du travail à Kinshasa. Elle rappelle que le Code du travail garantit à toute travailleuse le droit à un salaire convenu, au repos hebdomadaire et au respect de la dignité humaine. « Le problème n’est pas l’absence de la loi, mais son application », insiste-t-elle.
Les organisations de défense des droits humains abondent dans le même sens. Pour Patrick Ngoy, coordonnateur d’une ONG œuvrant pour les droits des femmes, la non-ratification effective et l’ignorance de la Convention 189 de l’OIT aggravent la situation. « Cette convention reconnaît le travail domestique comme un vrai travail. Tant que l’État ne vulgarise pas ces normes et ne met pas en place des mécanismes de contrôle, les ménagères resteront vulnérables », déplore-t-il.
Du côté des travailleuses, la peur demeure omniprésente. « Même quand on sait qu’on a des droits, on se tait, parce qu’on a besoin de manger », confie Jeanne, 34 ans. Une réalité que confirme Sœur Angélique Kanku, responsable d’un centre d’écoute pour femmes vulnérables : « Beaucoup de ménagères viennent pleurer après un renvoi brutal, mais refusent de porter plainte par crainte de représailles ou de perdre toute opportunité de travail ».
En conclusion, les témoignages des experts convergent : le travail domestique en RDC souffre moins d’un manque de lois que d’un déficit de volonté politique, de sensibilisation et de contrôle. Rendre visibles les travailleuses domestiques, c’est reconnaître leur rôle essentiel dans la société et garantir leur dignité. Tant que cette reconnaissance restera théorique, des milliers de femmes continueront à travailler dans l’ombre, au prix de leur santé, de leur sécurité et de leurs droits fondamentaux. Le Travailleur
