Le département américain de la Défense a rendu public, le 23 décembre, son rapport annuel sur les capacités militaires de la Chine, un document de référence particulièrement scruté dans un contexte d’incertitude autour de l’orientation future de la politique américaine vis-à-vis de Pékin. Le Pentagone y dresse un tableau détaillé de l’expansion progressive de la présence militaire chinoise à l’échelle mondiale, avec un accent particulier sur l’Afrique.
Selon Washington, cette présence ne se limite plus à une coopération sécuritaire classique, mais s’inscrit dans une stratégie globale mêlant ventes d’armes, formation militaire, exercices conjoints et déploiement de capacités logistiques, visant à protéger les intérêts économiques et politiques de la Chine tout en renforçant son influence sur le continent africain.
Une activité militaire chinoise en nette augmentation
D’après le rapport, l’Armée populaire de libération (APL) a participé à environ 26 exercices et entraînements militaires conjoints avec des forces étrangères au cours de la période couverte, principalement en Asie-Pacifique, mais aussi en Afrique et en Europe. En Afrique, le Pentagone observe une augmentation notable de l’ampleur et de la complexité de ces manœuvres.
Le document cite notamment l’exercice « Peace Unity », organisé en août 2024 avec la Tanzanie, présenté comme l’un des exercices militaires chinois les plus importants jamais menés sur le sol africain. Ces opérations sont perçues par Washington comme des vitrines destinées à démontrer les capacités opérationnelles et technologiques des forces chinoises.
L’Afrique, un marché stratégique pour l’armement chinois
Le rapport souligne également que ces exercices servent de plateformes de démonstration pour les équipements militaires chinois. Pékin développe et exporte une large gamme de matériels, notamment des blindés, des systèmes d’artillerie, des drones armés et des dispositifs anti-drones, dont une partie importante est destinée aux pays africains.
Depuis une dizaine d’années, la Chine s’est imposée comme l’un des principaux fournisseurs d’armements du continent, séduisant de nombreux États par des coûts compétitifs, des conditions financières souples et l’absence de conditionnalités politiques, contrairement aux partenaires occidentaux.
Ambitions logistiques et accès stratégique
Sur le plan logistique, le Pentagone affirme que la Chine étudie activement des possibilités d’accès militaire dans plusieurs pays situés le long des grandes routes maritimes internationales, essentielles à son commerce et à son approvisionnement énergétique.
Le rapport évoque un intérêt particulier pour le golfe de Guinée, zone stratégique pour le transport maritime et la sécurité énergétique. Il mentionne également qu’un projet de base militaire au Gabon aurait été évoqué par les autorités gabonaises, même si aucune confirmation officielle n’a été apportée par Pékin.
Parallèlement, la Chine a renforcé son dispositif diplomatique et militaire en Afrique en élargissant son réseau d’attachés de défense. Pour la première fois, des attachés militaires chinois ont été accrédités notamment au Rwanda et au Niger, illustrant une volonté d’ancrage durable dans les appareils sécuritaires nationaux.
La RDC dans le radar stratégique chinois
Concernant la République démocratique du Congo, le rapport du Pentagone fait état d’une coopération sécuritaire limitée mais active. Celle-ci comprend la formation de forces locales, la participation de contingents chinois aux opérations de maintien de la paix des Nations unies, ainsi que des ventes d’équipements militaires, dont des drones armés.
La Chine figure ainsi parmi les trois pays disposant d’instructeurs militaires en RDC, un partenariat qui s’inscrit dans une relation bilatérale plus large, marquée par une coopération économique et minière de longue date.
Une dynamique inscrite dans le temps
Historiquement, la présence chinoise en Afrique a d’abord été essentiellement économique et diplomatique. Depuis les années 2010, elle s’est progressivement étendue au domaine sécuritaire, avec l’ouverture en 2017 de la première base militaire chinoise à l’étranger, à Djibouti, marquant un tournant stratégique majeur. Le rapport américain suggère que cette dynamique pourrait se poursuivre, voire s’accélérer, face à la rivalité croissante entre Pékin et Washington.
À travers ce rapport, le Pentagone met en garde contre une militarisation progressive de l’engagement chinois en Afrique, perçue comme un levier d’influence stratégique à long terme. Si Pékin présente cette coopération comme un partenariat gagnant-gagnant fondé sur la sécurité et le développement, Washington y voit une recomposition des équilibres géopolitiques sur le continent. Pour les États africains, l’enjeu reste de tirer profit de ces partenariats tout en préservant leur souveraineté stratégique, dans un contexte de rivalités accrues entre grandes puissances. Le Travailleur
