Le dossier judiciaire du gouverneur de la province de la Tshopo, Paulin Lendongolia, connaît un nouveau développement. La Cour de cassation a officiellement saisi l’Assemblée provinciale de la Tshopo afin d’obtenir l’autorisation de le traduire en justice pour détournement présumé de fonds publics. Cette requête, adressée à l’organe délibérant provincial, a été examinée lors de la réunion du bureau de l’Assemblée tenue le samedi 3 janvier, au cours de laquelle plusieurs résolutions ont été adoptées.
Selon les responsables de l’Assemblée provinciale, le bureau s’est engagé à traiter cette demande conformément aux dispositions du règlement intérieur, dans le respect des procédures légales et du principe de séparation des pouvoirs.
Une procédure judiciaire relancée malgré la réhabilitation
Cette initiative de la Cour de cassation intervient dans un contexte politique et juridique sensible. En effet, Paulin Lendongolia a récemment été réhabilité par la Cour constitutionnelle, à la suite d’un arrêt rendu le 26 novembre, annulant sa destitution intervenue le 27 octobre à l’issue d’une motion de défiance votée par la majorité des députés provinciaux.
Cette réhabilitation n’éteint toutefois pas l’action judiciaire en cours. Bien au contraire, elle place le gouverneur au cœur d’un double enjeu : exercer à nouveau ses fonctions tout en restant exposé à d’éventuelles poursuites pénales.
Réserves du bureau de l’Assemblée provinciale
S’exprimant au nom du bureau, Paul Lokesa, rapporteur de l’Assemblée provinciale, a fait part de plusieurs réserves. Il a notamment regretté que l’organe délibérant n’ait été informé de l’inscription de l’affaire au rôle de la justice qu’après la décision de réhabilitation du gouverneur, alors que la partie adverse semblait, selon lui, avoir été régulièrement notifiée.
L’analyse du réquisitoire du procureur général a également mis en lumière une erreur matérielle : le document mentionne 10 députés comme ayant voté la déchéance du gouverneur, alors que 18 élus provinciaux avaient effectivement pris part au vote.
Toutefois, le bureau de l’Assemblée estime que cette irrégularité formelle n’affecte pas le fond des accusations portées contre l’autorité provinciale.
« Cette erreur ne remet pas en cause les faits reprochés. Conformément à notre règlement intérieur, le bureau procédera à l’audition du procureur général ou de son délégué, ainsi que du gouverneur Paulin Lendongolia, afin d’évaluer la matérialité des griefs et de statuer sur l’opportunité d’une instruction judiciaire », a précisé Paul Lokesa.
Autres points examinés par le bureau
Outre la question judiciaire du gouverneur, la réunion du bureau a également abordé l’absence injustifiée de plusieurs députés provinciaux lors des séances plénières tenues au mois de septembre 2025, un comportement jugé contraire aux obligations parlementaires et susceptible de sanctions disciplinaires.
Retour du gouverneur à Kisangani et appel à l’unité
Réhabilité par la Cour constitutionnelle, Paulin Lendongolia est rentré à Kisangani le dimanche 4 janvier, après près de deux mois passés à Kinshasa, période durant laquelle il était empêché d’exercer pleinement ses fonctions.
À son arrivée à l’aéroport de Bangoka, le gouverneur a tenu un discours d’apaisement, appelant l’ensemble de la classe politique provinciale à dépasser les clivages pour se consacrer au développement de la Tshopo.
« Nous sommes une province trop exposée. Il est temps de nous unir, de coaliser nos forces et de regarder dans la même direction pour soutenir la vision de la Tshopo », a-t-il déclaré.
Il a également invité les ministres provinciaux, les députés et les membres de l’exécutif à privilégier la collaboration institutionnelle :
« La bataille que nous avons menée ne nous a rien apporté. Elle n’a fait que diviser nos communautés. La Tshopo a besoin de paix, de responsabilité et de travail collectif », a-t-il ajouté.
Le dossier Paulin Lendongolia illustre la complexité des rapports entre justice et politique en République démocratique du Congo. Réhabilité sur le plan constitutionnel, mais toujours sous la menace de poursuites judiciaires, le gouverneur de la Tshopo avance désormais sur une ligne étroite entre légitimité institutionnelle retrouvée et reddition des comptes exigée par la loi.
Dans les prochains jours, la décision de l’Assemblée provinciale sera déterminante : elle dira si la province s’oriente vers une clarification judiciaire du dossier ou vers une nouvelle phase de tensions politiques, au moment où la Tshopo est appelée à se recentrer sur ses priorités de développement. Le Travailleur
