À Kinshasa, la controverse enfle autour du coût réel de l’organisation de l’élection du gouverneur et du vice-gouverneur du Sankuru. Dans un communiqué daté du 23 mars 2026, la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) dément formellement les accusations relayées par certains médias, notamment l’estimation d’un budget avoisinant un million de dollars.
Une mise au point face aux accusations
Selon la CENI, le budget réel arrêté pour cette élection provinciale s’élève à 155 610 dollars américains, un montant qu’elle juge conforme aux exigences opérationnelles. L’institution électorale dénonce des « informations manifestement infondées » et affirme qu’aucun document officiel ne corrobore les chiffres avancés dans la presse.
Dans le même communiqué, la CENI précise que le report du scrutin annoncé le 20 mars dernier est lié à l’indisponibilité des ressources financières nécessaires, et non à une quelconque surfacturation ou mauvaise gestion.
Une élection au cœur des tensions politiques
L’élection du gouverneur du Sankuru s’inscrit dans une longue série de blocages institutionnels dans cette province stratégique du centre de la RDC. Depuis plusieurs années, le Sankuru est devenu un symbole des dysfonctionnements des institutions provinciales : rivalités politiques, invalidations, reports répétés et gouvernance fragile.
Historiquement, les élections des gouverneurs en RDC, organisées par les assemblées provinciales, reposent sur un collège électoral restreint, composé de députés provinciaux — souvent une vingtaine à une trentaine d’élus. Ce modèle indirect, hérité de la Constitution de 2006, visait à rationaliser les coûts et à limiter les tensions populaires. Pourtant, il est régulièrement critiqué pour son opacité et les soupçons de corruption qui l’entourent.
Le coût d’un scrutin indirect en question
C’est précisément ce point qui alimente aujourd’hui le débat. Comment justifier un budget de plus de 150 000 dollars pour une élection impliquant à peine une vingtaine de députés réunis dans une salle ?
La CENI invoque des contraintes logistiques et techniques : déploiement du personnel, sécurisation du processus, matériel électoral, transport, communication, et encadrement administratif. Mais ces explications peinent à convaincre une opinion publique déjà méfiante face à la gestion des fonds publics.
Pour de nombreux observateurs, le problème dépasse le simple cadre budgétaire. Il interroge la structure même du système électoral provincial, perçu comme coûteux, peu transparent et vulnérable aux influences politiques et financières.
Transparence et crédibilité en jeu
En réaffirmant son engagement en faveur de la transparence et du respect des normes légales, la CENI tente de contenir une polémique qui pourrait entamer davantage sa crédibilité. Elle appelle également les médias à plus de rigueur dans le traitement de l’information.
Mais dans un contexte où la gouvernance publique est scrutée de près, chaque dépense devient un test de confiance.
Au-delà des chiffres, une crise de confiance
Au-delà de la bataille des chiffres, cette affaire révèle une question plus profonde : celle de la confiance dans les institutions électorales et dans l’usage des deniers publics.
Même ramené à 155 610 dollars, le coût d’une élection indirecte impliquant une poignée de députés interroge. Non seulement sur la rationalité budgétaire, mais aussi sur la pertinence d’un système qui, loin d’apaiser les tensions, semble les nourrir.
Dans un pays où les priorités sociales sont immenses, la perception d’un processus électoral coûteux et opaque peut rapidement devenir un facteur de défiance. La CENI joue ici bien plus que sa réputation : elle joue une partie de la crédibilité démocratique du pays. Le Travailleur
