Une correspondance officielle du ministère des Finances relance un dossier aussi sensible que structurant pour l’économie congolaise : la réforme de la SNEL S.A.. À travers ce document signé par le ministre Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, cinq scénarios de restructuration sont proposés, avec en toile de fond un impératif : moderniser un secteur électrique en crise chronique tout en sécurisant les financements internationaux.
Une réforme inscrite dans la loi depuis 2014
Le chantier de la réforme du secteur électrique ne date pas d’aujourd’hui. Il trouve son origine dans la loi n°14/011 du 17 juin 2014, qui visait à libéraliser la production et la distribution de l’électricité en République démocratique du Congo, longtemps dominées par un monopole public.
L’objectif affiché par les autorités était ambitieux : garantir un accès universel à l’électricité à l’horizon 2040 et attirer des investissements privés dans un secteur stratégique pour l’industrialisation du pays. Mais plus d’une décennie après, les résultats restent mitigés.
La SNEL S.A. continue de faire face à des difficultés structurelles majeures : infrastructures vétustes, pertes techniques et commerciales dépassant les 30 %, faible taux de recouvrement et une dette estimée à près de 2 milliards de dollars.
Dans ce contexte, avec l’appui de la Banque mondiale, le gouvernement a mandaté le cabinet Tetra Tech pour proposer des pistes de restructuration. L’étude aboutit aujourd’hui à cinq options stratégiques.
Cinq scénarios pour refonder le secteur
Le document ministériel détaille cinq options, allant de la réforme interne à une transformation plus radicale du paysage énergétique :
- Maintien d’une SNEL unifiée avec segmentation interne : séparation fonctionnelle des activités (production, transport, distribution) sans éclatement juridique.
- Création de trois entreprises publiques autonomes : spécialisation par métier afin d’améliorer la performance et attirer des financements ciblés.
- Recentrage de la SNEL sur le réseau Ouest-Sud : ouverture des autres segments à des opérateurs privés via appels d’offres.
- Maintien de la SNEL comme opérateur national du transport : rôle central dans la gestion du réseau électrique national.
- Variante avec recentrage stratégique Ouest-Sud : combinaison d’un rôle national et d’une concentration opérationnelle.
Au-delà des différences techniques, ces options traduisent un dilemme classique des réformes publiques en Afrique : faut-il réformer de l’intérieur ou restructurer en profondeur au risque de fragiliser l’existant ?
Un choix politique aux implications financières majeures
Le ministre des Finances insiste sur un point clé : le choix de l’option ne relève pas seulement d’une décision technique, mais constitue un levier stratégique pour l’accès de la RDC aux financements internationaux, notamment dans le cadre des programmes d’appui budgétaire en préparation avec la Banque mondiale.
L’approche préconisée privilégie une transition progressive, alignée sur la vision gouvernementale, tout en garantissant :
- une meilleure transparence financière,
- la conformité avec le cadre légal,
- une acceptabilité sociale du changement,
- et une réduction des risques opérationnels.
Ce positionnement traduit une volonté d’éviter les ruptures brutales, souvent coûteuses politiquement et socialement dans un secteur aussi sensible que l’électricité.
Entre urgence énergétique et prudence institutionnelle
Alors que la demande en électricité explose, notamment dans les centres urbains et les zones minières, la réforme de la SNEL apparaît comme un passage obligé. Mais elle se heurte à des contraintes bien connues : résistance interne, complexité institutionnelle et enjeux sociaux liés à l’emploi.
Le gouvernement est désormais appelé à trancher. Une décision attendue non seulement par les partenaires techniques et financiers, mais aussi par les Congolais, pour qui l’accès à une électricité fiable reste un défi quotidien.
La réforme de la SNEL S.A. s’impose comme un test de crédibilité pour l’État congolais. Entre impératif de modernisation et nécessité de stabilité, le choix qui sera opéré déterminera la capacité du pays à transformer son potentiel énergétique en véritable moteur de développement. Plus qu’une réforme sectorielle, c’est une équation politique, économique et sociale que le gouvernement devra résoudre. Le Travailleur
