La crise institutionnelle dans la province de l’Équateur a franchi un nouveau seuil. Alors que les autorités provinciales sont convoquées à Kinshasa par le Vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, une plénière controversée se tient simultanément à Mbandaka, en dépit d’une suspension officielle.
Sont attendus dans la capitale le président de l’Assemblée provinciale, Delsy Mata, ainsi que le gouverneur, Bobo Boloko Bolumbu. Mais sur le terrain, la situation semble échapper à toute logique institutionnelle classique.
Une plénière en rupture avec la légalité ?
Selon plusieurs sources locales, la plénière actuellement en cours à Mbandaka se tient en contradiction avec une décision préalable du président de l’Assemblée provinciale. Delsy Mata avait en effet suspendu les travaux afin de saisir la Cour constitutionnelle de la République démocratique du Congo pour une interprétation de l’article 73 du règlement intérieur.
Dans une lecture stricte du droit parlementaire, cette saisine implique un gel des activités liées au litige jusqu’à clarification par la juridiction compétente. En conséquence, la tenue d’une nouvelle plénière apparaît, pour certains juristes, “irrégulière, voire illégale”.
Guerre de légitimité et communication politique
Dans ce climat de confusion, les discours se radicalisent. Certains acteurs dénoncent ce qu’ils qualifient de “théâtre politique” orchestré par le gouverneur et ses alliés au sein de l’Assemblée.
Des messages relayés sur les réseaux sociaux appellent clairement les députés provinciaux à ne pas suivre cette dynamique :
“Ne suivez pas le théâtre de BOBO et ses marionnettes (…) Nous avons décidé que les députés provinciaux restent à Mbandaka.”
Cette communication traduit une fracture profonde : d’un côté, un camp qui conteste la légitimité de la plénière en cours ; de l’autre, des élus qui poursuivent les travaux, au risque d’aggraver la crise.
Des députés sous influence ?
La tenue de cette plénière malgré sa suspension renforce les soupçons d’un pilotage politique des députés provinciaux. Plusieurs éléments convergent :
- Alignement inhabituel : certains élus continuent de siéger en dépit d’une décision formelle de suspension, suggérant une loyauté prioritaire envers une autorité politique plutôt qu’institutionnelle.
- Objectif stratégique : selon certains observateurs, provoquer une escalade pourrait viser à entraîner davantage d’acteurs dans la crise — notamment pour justifier une convocation collective à Kinshasa.
- Rhétorique de mobilisation : l’usage de termes comme “marionnettes” ou “gourou” illustre une perception d’instrumentalisation des députés au profit d’un leadership centralisé autour du gouverneur.
Dans ce schéma, refuser la comparution ou contourner les procédures judiciaires ne relèverait pas d’un débat juridique, mais d’une stratégie de survie politique.
Une crise à haut risque pour la province
La situation est d’autant plus préoccupante que la société civile appelle déjà à des mesures fortes pour éviter une dégradation sécuritaire. La perspective d’un blocage du gouverneur à Kinshasa, évoquée publiquement, témoigne du niveau de tension.
Sur le terrain, l’opinion publique oscille entre lassitude et inquiétude, face à des institutions perçues comme instrumentalisées.
L’épisode de la plénière contestée à Mbandaka agit comme un révélateur : au-delà des textes, c’est la pratique institutionnelle qui est en cause. Lorsque des décisions formelles sont ignorées, que les procédures judiciaires sont contournées et que les élus semblent agir sous influence, la crédibilité de l’Assemblée provinciale vacille.
La crise actuelle dépasse ainsi le cas de l’Équateur : elle pose, une fois de plus, la question fondamentale de l’autonomie réelle des institutions décentralisées en République démocratique du Congo. Le Travailleur.
