Un effort logistique dans un contexte contraint
La Société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC) a repris un rôle central dans l’approvisionnement en maïs de Kananga, dans un contexte marqué par des difficultés de transport exacerbées par de fortes pluies.
Selon Célestin Katende, cadre de l’entreprise, 242 tonnes de maïs graines ont été acheminées durant la deuxième décade d’avril 2026, contre 212 tonnes lors de la première. Cette progression, bien que modeste, témoigne d’une volonté de montée en cadence malgré un réseau ferroviaire soumis à rude épreuve.
Le maïs, produit stratégique sous tension
Dans le centre de la RDC, le maïs constitue un aliment de base. À Kananga et dans l’ancien espace du Kasaï-Occidental, toute rupture d’approvisionnement se traduit rapidement par une flambée des prix et une insécurité alimentaire accrue.
Ces dernières années, plusieurs facteurs ont fragilisé la chaîne d’approvisionnement :
- dégradation des infrastructures ferroviaires,
- enclavement des zones agricoles,
- aléas climatiques récurrents,
- dépendance à des circuits logistiques irréguliers.
Dans ce contexte, le rail reste le moyen le plus structurant pour acheminer des volumes importants à moindre coût.
Une problématique ancienne : l’histoire d’un enclavement persistant
La crise d’approvisionnement en maïs dans le Kasaï n’est pas nouvelle. Depuis les années 1990, l’affaiblissement progressif de la SNCC a entraîné une rupture des flux commerciaux entre les zones de production et les centres urbains.
À cela s’ajoute l’épisode des violences dans la région kasaïenne entre 2016 et 2018, qui a désorganisé durablement les circuits agricoles et logistiques. Depuis lors, la relance du rail est régulièrement présentée comme une solution structurelle, sans toujours produire les effets escomptés faute d’investissements soutenus.
Le regain d’activité observé aujourd’hui s’inscrit donc dans une tentative de reconquête de ce rôle historique de colonne vertébrale économique.
Une amélioration conjoncturelle ou un tournant durable ?
L’augmentation des tonnages transportés en avril 2026 suggère une amélioration opérationnelle. Toutefois, plusieurs limites demeurent :
- la capacité du réseau ferroviaire reste insuffisante,
- les conditions climatiques continuent de perturber la régularité des convois,
- la demande urbaine dépasse souvent les volumes acheminés.
Pour transformer cet effort en solution durable, il faudra aller au-delà des performances ponctuelles : modernisation des infrastructures, sécurisation des axes ferroviaires et meilleure coordination avec les zones de production agricole.
Le regain d’activité de la SNCC à Kananga constitue un signal encourageant dans un contexte de fragilité alimentaire persistante. Mais il ne s’agit, pour l’heure, que d’un palliatif. Sans réforme structurelle du système logistique et agricole, la question de l’approvisionnement en maïs restera un défi récurrent pour le centre de la RDC.
Le Travailleur
