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Textile En RDC : Souveraineté Industrielle Ou Dépendance Chronique ?

Une interpellation politique qui remet un secteur en lumière


À la tribune de l’Assemblée nationale, l’élu de Bukavu Olive Mudekereza Namegabe, a ravivé un débat longtemps relégué aux marges : celui de la souveraineté textile en République démocratique du Congo. Son intervention met en évidence une contradiction frappante : l’État, principal consommateur de textile à travers les uniformes militaires, policiers et administratifs, demeure dépendant des importations.


Ce constat, au-delà de sa portée politique, révèle une faiblesse structurelle des politiques industrielles congolaises, marquées par un déficit de cohérence entre ambitions affichées et mécanismes opérationnels.


Un passé industriel solide aujourd’hui fragilisé


Le secteur textile congolais n’a pas toujours été marginal. Il reposait autrefois sur un écosystème intégré combinant production agricole et transformation industrielle. Des unités comme UTEXAFRICA à Kinshasa, SOTEXKI à Kisangani, COTEXCO à Likasi ou encore FILTISAF structuraient une véritable chaîne de valeur nationale.


Au cœur de ce dispositif : le coton, produit dans plusieurs bassins agricoles du pays. Cette organisation permettait une relative autonomie industrielle et une création significative d’emplois.


Mais à partir des années 1990, l’effondrement progressif de la filière coton  combiné à la mauvaise gouvernance, au sous-investissement et aux crises économiques  a entraîné la désintégration de tout le système. Privées de matière première locale, les industries textiles ont perdu leur compétitivité, jusqu’à disparaître pour la plupart.


Le facteur oublié : les routes de desserte agricole


Au-delà des faiblesses institutionnelles, un élément clé explique cet effondrement : la dégradation des routes de desserte agricole.


Ces axes secondaires, essentiels pour relier les zones rurales de production aux centres industriels, sont aujourd’hui dans un état critique. Résultat :



  • enclavement des zones cotonnières,

  • explosion des coûts logistiques,

  • pertes importantes de production,

  • découragement des agriculteurs.


Dans certaines régions, transporter du coton vers une usine coûte plus cher que l’importer depuis l’étranger. Ce déséquilibre logistique annihile toute tentative de relance industrielle.


Le paradoxe congolais : un marché captif, mais externalisé


La RDC consomme massivement des produits textiles qu’elle ne produit plus. Uniformes, pagnes, vêtements professionnels : autant de segments où la demande est pourtant stable et prévisible.


Ce paradoxe s’explique par :



  • une filière coton désarticulée,




  • l’absence d’incitations industrielles fortes,




  • une concurrence internationale agressive (notamment asiatique),




  • et un environnement logistique défavorable.


Ainsi, un marché potentiellement structurant pour l’économie nationale bénéficie essentiellement à des producteurs étrangers.


La commande publique comme levier stratégique


Face à ce constat, la commande publique apparaît comme un instrument décisif. En orientant ses achats vers des unités locales, l’État pourrait recréer une demande solvable et stable.


Ce mécanisme permettrait :



  • de relancer la production industrielle,

  • de sécuriser les débouchés pour les producteurs agricoles,

  • d’attirer des investissements privés,

  • et de générer des emplois à grande échelle.


Mais sans réforme simultanée des infrastructures rurales  notamment les routes de desserte agricole  cet effort resterait insuffisant.


Reconstruire la chaîne, pas seulement l’usine


Le débat relancé à l’Assemblée nationale dépasse la seule question textile. Il pose les bases d’une réflexion plus large sur le modèle économique congolais.


Relancer le textile sans relancer l’agriculture et les infrastructures revient à reconstruire une usine sans matières premières ni voies d’accès. La souveraineté industrielle ne se décrète pas : elle se construit, du champ jusqu’à l’atelier.


Le Travailleur