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Le Retour Du Train Congolais : Quand La Mémoire Des Rails Réveille L’espoir D’un Pays.

« Prendre un train de la cité de Lukala vers la capitale, Kinshasa, était un voyage inoubliable », se rappelle avec émotion Jean Mambu. Dans ses souvenirs reviennent les gares traversées entre Lukala, Matadi et Kinshasa, les paysages défilant lentement derrière les vitres, les sifflets des locomotives et surtout cette impression de traverser une partie de l’histoire du Congo.




Mais derrière cette nostalgie se cache aussi une douleur profonde. « Rien qu’en regardant ce train de passagers, cela me rappelait toujours la souffrance de nos ancêtres qui ont tout donné pour avoir ce chemin de fer », confie-t-il. Car le chemin de fer Matadi-Kinshasa ne fut pas seulement une infrastructure ; il fut aussi une œuvre humaine construite au prix d’immenses sacrifices.




Un chemin de fer construit dans la douleur




L’histoire des chemins de fer en République démocratique du Congo remonte à l’époque coloniale, sous l’impulsion du roi Léopold II. À cette époque, les voies ferrées avaient un objectif stratégique : contourner les rapides du fleuve Congo et faciliter l’acheminement des minerais et des produits agricoles vers l’océan Atlantique.




La ligne Matadi-Kinshasa, alors appelée Chemin de fer Matadi-Kinshasa (CFMK), fut construite entre 1890 et 1898 sur une distance de 366 kilomètres. Dirigés par l’explorateur Albert Thys, les travaux furent extrêmement pénibles. Des milliers d’ouvriers africains périrent dans des conditions sanitaires et humaines dramatiques, entre maladies tropicales, accidents et épuisement.




Pour de nombreux Congolais, ces rails portent encore aujourd’hui la mémoire silencieuse de ces vies sacrifiées.




Un réseau jadis vital pour l’unité nationale




Au fil du temps, le Congo développa plusieurs réseaux ferroviaires majeurs. Le réseau des Grands Lacs reliait le bassin du fleuve Congo aux lacs Tanganyika et Albert, tandis que les chemins de fer du Katanga furent développés au début du XXe siècle pour soutenir l’exploitation minière.




Ces réseaux ont longtemps constitué les artères économiques du pays. Ils reliaient les provinces, facilitaient les échanges commerciaux et permettaient le transport des populations sur d’immenses distances. Le train n’était pas seulement un moyen de transport ; il incarnait aussi l’idée même d’un Congo connecté à lui-même.




En 1974, les différents réseaux furent fusionnés pour donner naissance à la Société Nationale des Chemins de fer Zaïrois (SNCZ), devenue plus tard la SNCC. Mais avec les décennies, le manque d’entretien, les crises économiques et les conflits ont progressivement plongé le secteur ferroviaire dans l’abandon.




Le réveil ferroviaire de la RDC




Aujourd’hui pourtant, un vent nouveau semble souffler sur les rails congolais. Le 9 mars 2026, l’Office National des Transports (ONATRA) a officiellement réceptionné au port de Matadi sa première locomotive neuve en provenance de Chine. Cette acquisition s’inscrit dans un programme de sept locomotives commandées par le gouvernement congolais afin de revitaliser le transport ferroviaire dans l’ouest du pays.




Pour le directeur du département Port-Maritime, Madame Chantal Ngeleka, présente à Matadi pour réceptionner la première locomotive, cette acquisition « couronne les efforts du gouvernement de la RDC, du Conseil d’administration de l’ONATRA, de la direction générale et de tous les agents de l’ONATRA ». Une déclaration qui traduit la volonté des autorités de redonner au rail congolais sa place stratégique dans le développement national.




Dans le même esprit, Dieudonné Bongwala, directeur du département des chemins de fer, représentant de la direction générale et chef de mission, a estimé qu’il s’agit d’« une circonstance particulière pour le chemin de fer et historique pour l’entreprise ». Ses propos illustrent l’importance symbolique de cette relance après des décennies de déclin, de vétusté et de désillusion pour des milliers d’agents et d’usagers du transport ferroviaire.




Au-delà du symbole, cette relance représente un enjeu économique et social majeur. Restaurer la ligne Kinshasa-Matadi signifie réduire les coûts logistiques, fluidifier le transport de marchandises, désengorger les routes et relancer le transport de masse.




Pour d’anciens agents de l’ONATRA et des milliers de familles touchées par le déclin du rail, cette renaissance est aussi porteuse d’espoir.




Le train comme symbole de souveraineté




Dans un pays-continent comme la RDC, les infrastructures ferroviaires ne relèvent pas du luxe ; elles constituent une nécessité stratégique. Aucun développement industriel durable n’est possible sans des voies de transport fiables capables de connecter les provinces entre elles.




La réhabilitation des corridors ferroviaires, notamment à travers le projet du Corridor de Lobito reliant les mines du Katanga à l’océan Atlantique via l’Angola, montre que le rail redevient progressivement un enjeu géopolitique et économique central.




Les rails de la mémoire et de l’avenir




Le retour progressif du train congolais dépasse la simple modernisation d’un moyen de transport. Il réveille une mémoire collective, celle d’un peuple dont les ancêtres ont payé un lourd tribut pour relier un immense territoire. Chaque locomotive qui recommence à siffler sur les rails congolais porte avec elle les rêves interrompus de plusieurs générations.




Entre nostalgie et renaissance, le chemin de fer pourrait redevenir ce qu’il fut autrefois : un instrument d’unité nationale, de désenclavement et de dignité économique. Car dans un Congo en quête de reconstruction, remettre les trains sur les rails, c’est peut-être aussi remettre le pays lui-même en mouvement.■