Le Réseau national de télécommunications par satellite (RENATELSAT) est au cœur d’une vive controverse institutionnelle. L’Intersyndicale accuse un administrateur de s’être attribué des prérogatives réservées au Chef de l’État et au ministère de tutelle, faisant planer des interrogations sur la gouvernance de cette entreprise stratégique de la République.
Le différend trouve son origine dans la réorganisation de la gouvernance du RENATELSAT, consécutive aux réformes engagées dans les entreprises publiques ainsi qu’à l’application des dispositions du droit OHADA. Selon plusieurs correspondances consultées par notre rédaction, la situation administrative de l’établissement se serait complexifiée à la suite de la suspension de certains mandataires et de l’absence prolongée du président du Conseil d’administration, Simon Tshisol Yav Mwinkeu.
Le 20 avril 2026, une procuration aurait été accordée à l’administrateur Andeka Djamba Jean pour présider une réunion spécifique du Conseil d’administration en raison de l’empêchement du président titulaire. Toutefois, l’Intersyndicale soutient que cette procuration était limitée à cette seule réunion et ne conférait ni un mandat général ni la qualité de président intérimaire du Conseil d’administration.
Par la suite, plusieurs actes auraient été posés, notamment la nomination ou la cooptation de membres du Conseil d’administration et du Comité de gestion, ainsi que la tenue de réunions stratégiques. Ces décisions sont aujourd’hui contestées par les organisations syndicales qui estiment qu’elles excèdent les pouvoirs légalement reconnus à leur auteur.
L’affaire révèle avant tout une crise de gouvernance au sein d’une entreprise publique appelée à jouer un rôle majeur dans le développement des infrastructures de télécommunications de la RDC.
Au cœur du débat se trouve la question de la légitimité des actes posés par Andeka Djamba Jean. Pour l’Intersyndicale, celui-ci ne disposait pas de la qualité juridique lui permettant d’engager le Conseil d’administration ni de procéder à des nominations relevant normalement de l’autorité de nomination, à savoir le Chef de l’État ou le ministère de tutelle. Les syndicats parlent même d’« usurpation de pouvoir » et réclament sa révocation pure et simple.
De son côté, l’examen de la documentation disponible montre que l’intéressé justifie son action par la nécessité d’assurer la continuité du service public dans un contexte marqué par des vacances de postes, le décès de certains administrateurs et des difficultés récurrentes de quorum au sein des organes de gestion. Cette argumentation s’appuie sur le principe de continuité du service public, un fondement du droit administratif généralement invoqué lorsque le fonctionnement normal d’une institution se trouve menacé.
Au-delà des aspects juridiques, cette crise traduit également une lutte d’influence autour du contrôle d’un établissement stratégique. RENATELSAT occupe une place particulière dans le paysage des télécommunications congolaises en assurant notamment des services de transmission de données et de diffusion satellitaire. Toute instabilité à sa tête risque d’affecter sa capacité opérationnelle, sa crédibilité institutionnelle et ses relations avec ses partenaires nationaux et internationaux.
Cette affaire pose également la question du rôle des autorités de tutelle. Les syndicats sollicitent l’intervention du Président de la République, du Gouvernement, du Parlement, de la Justice ainsi que des services de sécurité afin de clarifier la situation et prévenir toute détérioration du climat social au sein de l’entreprise.
Le dossier RENATELSAT illustre les défis persistants de gouvernance qui continuent de fragiliser certaines entreprises publiques congolaises. Entre revendications syndicales, interprétations divergentes des textes et nécessité d’assurer la continuité du service public, seule une clarification officielle des autorités compétentes permettra de déterminer la légalité des actes contestés. En attendant, cette crise institutionnelle risque de prolonger l’incertitude au sein d’un secteur stratégique pour la souveraineté numérique et les télécommunications de la République démocratique du Congo.
Belo
