Une majorité silencieuse qui fait vivre l’économie
Lorsque l'on parle des travailleurs en République démocratique du Congo, l'attention se porte souvent sur les fonctionnaires, les agents des entreprises publiques ou les salariés du secteur privé formel. Pourtant, la réalité est tout autre : la grande majorité des Congolais gagne sa vie dans le secteur informel.
Marchands des marchés, vendeurs ambulants, chauffeurs de taxi-moto, artisans, mécaniciens, maçons, petits agriculteurs, coiffeurs, restauratrices et tant d'autres constituent l'épine dorsale de l'économie nationale. Chaque jour, ils créent de la richesse, assurent des services essentiels et contribuent à faire vivre des millions de familles. Pourtant, ils demeurent largement exclus des mécanismes traditionnels de protection du travail.
Des travailleurs sans véritable protection
La plupart des travailleurs du secteur informel ne bénéficient ni d'un contrat de travail, ni d'une couverture sociale, ni d'une assurance maladie, ni d'une retraite garantie. En cas de maladie, d'accident ou de perte de revenus, ils sont souvent livrés à eux-mêmes.
Cette situation expose des millions de Congolais à une grande vulnérabilité économique et sociale. Le moindre choc – hausse des prix, maladie ou catastrophe naturelle – peut faire basculer une famille entière dans la précarité.
Pourtant, ces travailleurs participent activement à l'économie nationale, souvent sans bénéficier de la reconnaissance et de la protection auxquelles ils devraient avoir droit.
Le syndicalisme face à un immense défi
Historiquement, les syndicats congolais se sont principalement concentrés sur les travailleurs du secteur formel. Cette approche se comprend dans un contexte où les entreprises et les administrations constituaient les principaux employeurs.
Mais le marché du travail a profondément changé. Aujourd'hui, l'économie informelle représente une part considérable de l'activité économique du pays. Les syndicats qui souhaitent rester pertinents doivent désormais s'ouvrir à cette nouvelle réalité.
L'Organisation internationale du Travail (OIT) encourage depuis plusieurs années les États et les organisations syndicales à promouvoir la transition progressive de l'économie informelle vers l'économie formelle. Cette démarche vise à garantir davantage de droits, de sécurité et de dignité aux travailleurs concernés.
Réinventer la représentation des travailleurs
Les syndicats ont une occasion historique de se rapprocher des vendeurs de marché, des conducteurs de moto-taxis, des artisans et des petits entrepreneurs. Ils pourraient leur offrir des services concrets : conseils juridiques, formation professionnelle, accès à des mutuelles de santé, sensibilisation à la sécurité au travail et accompagnement vers la formalisation de leurs activités.
Une telle évolution permettrait de redonner du sens à l'action syndicale tout en renforçant la protection de millions de travailleurs aujourd'hui oubliés.
Remettre l'humain au cœur du travail
L'avenir du syndicalisme congolais ne se joue pas uniquement dans les bureaux administratifs ou les entreprises publiques. Il se joue également dans les marchés, les ateliers, les chantiers et les rues où des millions de Congolais travaillent chaque jour pour survivre.
Si les syndicats veulent véritablement défendre le monde du travail, ils ne peuvent plus ignorer cette majorité silencieuse. L'inclusion des travailleurs du secteur informel n'est pas seulement une question de justice sociale ; elle constitue l'une des conditions essentielles pour bâtir une économie plus équitable, plus résiliente et plus prospère pour tous.■
