Par DMM
Les 4 000 bâtisseurs, une bonne initiative… mais après ?
L’annonce du déploiement de plus de 4 000 « bâtisseurs de la nation » pour participer à l’assainissement de Kinshasa mérite d’être saluée. Face à l’accumulation des déchets, à l’occupation anarchique des espaces publics et à l’incivisme environnemental qui gangrènent la capitale congolaise, l’État démontre sa volonté d’agir.
Mais une question fondamentale demeure : que se passera-t-il après cette opération ? Une ville de plus de vingt millions d’habitants peut-elle durablement compter sur des campagnes ponctuelles pour rester propre ?
L’expérience de nombreuses métropoles à travers le monde montre qu’un environnement sain ne repose pas sur des interventions occasionnelles, mais sur des institutions permanentes, des ressources financières stables et une culture citoyenne solidement ancrée.
Faire de l’assainissement un véritable secteur économique
L’assainissement ne doit plus être considéré comme une activité temporaire ou une réponse à une urgence. Il doit devenir un véritable service public organisé et professionnalisé.
La RDC gagnerait à mettre en place une Agence nationale d’assainissement et de gestion des déchets, dotée de représentations provinciales et communales. Les agents chargés de la propreté urbaine devraient être recrutés, formés, équipés et rémunérés pour les services rendus, selon des normes professionnelles clairement définies.
Au lieu de mobiliser occasionnellement des milliers de personnes, le pays pourrait créer des dizaines de milliers d’emplois permanents dans la collecte, le tri, le recyclage, le traitement des déchets et l’entretien des espaces publics.
L’assainissement deviendrait alors non seulement un enjeu de santé publique, mais également un moteur de création d’emplois et de développement économique.
La propreté est aussi une question de culture
Le principal défi n’est pas uniquement technique. Il est également culturel. Au fil des années, l’incivisme environnemental s’est installé dans les habitudes de nombreux citoyens. Déchets jetés dans les caniveaux, marchés insalubres, déversement des fosses septiques dans les rues, construction sans respect des normes d’assainissement : ces pratiques sont devenues trop fréquentes.
Or, aucune opération de nettoyage ne pourra produire des résultats durables si les comportements ne changent pas.
C’est pourquoi la campagne actuelle devrait être accompagnée d’un vaste programme national d’éducation civique et environnementale.
Mobiliser toute la société
Les médias, les écoles, les universités, les confessions religieuses, les organisations de la société civile et les autorités locales doivent être pleinement associés à cette mission.
Chaque émission de radio, chaque école, chaque église, chaque mosquée et chaque espace communautaire devrait devenir un lieu de sensibilisation permanente à la propreté et à la protection de l’environnement.
La propreté d’une ville ne dépend pas uniquement de ceux qui ramassent les déchets. Elle dépend aussi de ceux qui refusent de les jeter n’importe où.
Construire un héritage durable
L’initiative des 4 000 bâtisseurs constitue une opportunité importante. Mais son véritable succès ne se mesurera pas au nombre de tonnes de déchets collectées cette semaine. Il se mesurera à la capacité de la RDC à transformer cette opération en un système durable, financé et institutionnalisé.
Une capitale propre ne se construit pas par des campagnes ponctuelles. Elle se construit grâce à des institutions solides, des citoyens responsables et une vision à long terme.
Si la RDC veut véritablement changer le visage de Kinshasa et de ses autres villes, elle doit faire de l’assainissement une politique nationale permanente. Car une nation moderne se reconnaît aussi à la manière dont elle prend soin de son environnement.â–
