Un rapatriement organisé par l’ambassade du Congo
L’Ambassade de la République du Congo en Afrique du Sud a annoncé l’organisation de deux vols spéciaux de rapatriement volontaire destinés aux Congolais résidant à Johannesburg et au Cap. Cette opération intervient dans un contexte marqué par la recrudescence des actes de xénophobie visant les ressortissants étrangers vivant en Afrique du Sud.
Selon le communiqué officiel signé par l’ambassadeur Jean Pierre Ossey, un premier vol était programmé le dimanche 5 juillet 2026 au départ de l’aéroport international de Lanseria (Johannesburg), tandis qu’un second devait décoller le lundi 6 juillet 2026 depuis l’aéroport international du Cap. Les autorités diplomatiques ont demandé aux passagers de respecter scrupuleusement les horaires de convocation afin d’assurer le bon déroulement de l’opération.
Cette initiative témoigne de la volonté des autorités congolaises de protéger leurs citoyens confrontés à un climat d’insécurité grandissant.
Une xénophobie récurrente en Afrique du Sud
Depuis la fin de l’apartheid, l’Afrique du Sud attire des centaines de milliers de migrants africains venus du Zimbabwe, du Mozambique, de la RDC, du Nigeria, du Malawi, du Congo-Brazzaville, de la Somalie et d’autres pays en quête de sécurité ou d’une vie meilleure.
Cependant, le pays est régulièrement secoué par des vagues de violences xénophobes. Les émeutes de 2008 avaient fait plus de 60 morts. D’autres épisodes violents ont éclaté en 2015, 2019, 2021 et au cours des années suivantes, avec des pillages de commerces appartenant à des étrangers, des agressions et parfois des pertes en vies humaines.
Les frustrations liées au chômage, à la pauvreté et aux inégalités sociales alimentent souvent un discours accusant les étrangers de « voler les emplois » ou d’augmenter la criminalité, bien qu’aucune preuve globale ne confirme ces accusations.
Au-delà de la xénophobie, l’échec des politiques de développement
Le rapatriement volontaire organisé par Brazzaville constitue une réponse responsable face à une situation d’urgence. Un État a le devoir d’assurer la protection de ses citoyens où qu’ils se trouvent.
Mais cette décision soulève une question plus profonde : pourquoi autant d’Africains quittent-ils leur pays ?
Dans la majorité des cas, les migrations sont motivées par :
- le chômage massif ;
- la faiblesse des revenus ;
- l’absence de perspectives professionnelles ;
- l’instabilité politique ou sécuritaire ;
- la recherche d’une meilleure qualité de vie.
Ces réalités concernent plusieurs États africains, dont la République démocratique du Congo, qui compte également une importante diaspora en Afrique du Sud.
Le rapatriement est une mesure humanitaire nécessaire, mais il ne constitue pas une solution durable. La véritable réponse réside dans la capacité des gouvernements à créer des économies productives, à attirer les investissements, à développer les infrastructures, à renforcer l’éducation et à garantir des emplois décents.
À cet égard, l’initiative du Congo-Brazzaville peut inspirer d’autres pays africains, notamment la RDC, afin qu’ils mettent en place des mécanismes d’assistance et de protection consulaire pour leurs ressortissants confrontés à des crises à l’étranger. Toutefois, le succès d’une telle politique dépendra surtout de la création de conditions permettant aux citoyens de choisir de rester dans leur pays plutôt que d’être contraints de partir.
La lutte contre la xénophobie ne relève donc pas uniquement des pays d’accueil. Elle interpelle également les États d’origine, qui doivent offrir à leurs populations des perspectives économiques et sociales crédibles.
Le rapatriement volontaire des Congolais de Brazzaville depuis l’Afrique du Sud illustre le rôle protecteur que doit jouer un État envers ses ressortissants. Mais cette opération rappelle aussi une réalité plus vaste : tant que les pays africains ne créeront pas suffisamment d’opportunités pour leur jeunesse, les départs se poursuivront et les migrants resteront exposés aux risques de l’exil, y compris aux violences xénophobes. Au-delà de l’urgence humanitaire, c’est donc la question du développement, de la bonne gouvernance et de l’emploi qui demeure le véritable défi pour le continent.
Belo
