Kinshasa. Le gouvernement de la République démocratique du Congo intensifie son offensive contre la spoliation des biens publics. Le ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, et la ministre des Affaires sociales, Action humanitaire et Solidarité nationale, Eve Bazaïba, se sont rencontrés lundi à Kinshasa afin d’évaluer la situation préoccupante de plusieurs biens immobiliers appartenant à ce ministère, dont certaines concessions seraient occupées ou revendiquées illégalement par des personnes physiques et morales.
Selon un communiqué du ministère des Affaires sociales, cette séance de travail visait à renforcer la coordination entre les deux institutions afin de protéger le patrimoine immobilier de l’État et d’engager les actions nécessaires pour récupérer les sites concernés.
À l’issue de la rencontre, Guillaume Ngefa a rappelé que ces concessions ne constituent pas de simples propriétés foncières. Elles abritent notamment des centres sociaux, des centres de formation ainsi que des structures destinées à l’encadrement et à la prise en charge des personnes vulnérables. Leur occupation illégale compromet directement la mission sociale de l’État et prive des milliers de bénéficiaires de services essentiels.
Cette audience intervient quelques heures seulement après la visite d’inspection effectuée par Eve Bazaïba sur la concession de la Fondation Marie-Antoinette, située dans la commune de Limete. Sur place, la ministre a constaté les réalités du terrain et donné le coup d’envoi du processus de sécurisation de ce patrimoine public.
Un phénomène ancien qui coûte cher à l’État
La spoliation des biens immobiliers de l’État demeure l’un des défis majeurs de la gouvernance foncière en République démocratique du Congo. Depuis plusieurs décennies, de nombreuses concessions appartenant aux administrations publiques, aux entreprises étatiques ou aux établissements sociaux ont fait l’objet d’occupations illégales, de ventes frauduleuses, de falsifications de titres fonciers ou encore de revendications abusives.
Les ministères en charge des Affaires sociales figurent parmi les institutions les plus touchées, en raison de la valeur stratégique de leurs terrains, souvent situés dans des zones urbaines à forte pression immobilière. Cette situation a progressivement réduit les capacités d’accueil des centres sociaux, des structures d’encadrement des enfants vulnérables, des personnes vivant avec handicap ainsi que des centres de formation professionnelle.
Face à cette réalité, plusieurs gouvernements ont annoncé des opérations de récupération des biens publics, avec des résultats parfois limités en raison de la complexité des dossiers fonciers et des multiples contentieux judiciaires.
Une nouvelle approche fondée sur la coordination institutionnelle
La rencontre entre Guillaume Ngefa et Eve Bazaïba marque une volonté de dépasser les simples déclarations d’intention en mettant en place une collaboration étroite entre les autorités chargées de la gestion du patrimoine public et celles investies du pouvoir judiciaire.
L’implication directe du ministère de la Justice laisse entrevoir une stratégie combinant vérification juridique des titres de propriété, poursuites contre les auteurs de spoliation, exécution des décisions judiciaires et récupération effective des concessions appartenant à l’État.
Cette approche pourrait également servir de modèle pour d’autres ministères confrontés aux mêmes difficultés, notamment ceux de la Santé, de l’Éducation, de l’Agriculture ou encore des Sports, dont plusieurs patrimoines immobiliers font régulièrement l’objet de litiges.
Au-delà de la simple récupération des terrains, l’enjeu consiste à restaurer la capacité de l’État à remplir ses missions sociales dans un contexte où la demande en infrastructures d’assistance humanitaire et de protection sociale ne cesse de croître.
Une bataille pour préserver l’intérêt général
La sécurisation des biens immobiliers du ministère des Affaires sociales constitue un test important de la politique gouvernementale de protection du patrimoine public. En protégeant ces concessions, l’État ne défend pas uniquement ses actifs fonciers ; il préserve des espaces indispensables à la mise en œuvre des politiques sociales en faveur des populations les plus vulnérables.
Si les engagements pris à l’issue de cette rencontre débouchent sur des actions concrètes et des décisions judiciaires exécutées, cette initiative pourrait marquer une étape significative dans la lutte contre la spoliation des biens publics en République démocratique du Congo et contribuer à restaurer l’autorité de l’État sur son patrimoine.
Le Travailleur
