Le débat autour de la manifestation annoncée pour le 22 juillet prend une nouvelle tournure au sein de la majorité présidentielle. Alors que le secrétaire permanent et porte-parole de l’Union sacrée de la Nation (USN), André Mbata Mangu, avait appelé les partis, regroupements politiques et personnalités membres de la plateforme à descendre dans la rue à Kinshasa, dans les 25 provinces et au sein de la diaspora, le secrétaire général de l’UDPS, Augustin Kabuya, a publiquement pris le contre-pied de cette initiative.
Depuis Yaoundé, où il participait aux travaux de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF), André Mbata avait présenté cette mobilisation comme une réponse à ce qu’il qualifie de « coup d’État contre la Nation », accusant certains acteurs politiques de vouloir priver le peuple congolais de l’exercice de sa souveraineté. Il avait également demandé aux membres de l’USN de ne suivre que les communications émanant de lui, en sa qualité de porte-parole officiel de la plateforme.
Mais la réaction de l’UDPS n’a pas tardé. Dans une mise au point officielle, Augustin Kabuya a affirmé que son parti n’avait prévu aucune manifestation le 22 juillet. Il a invité les militants à vaquer normalement à leurs occupations, tout en leur recommandant d’éviter les itinéraires qui seront empruntés par les manifestations de l’opposition. Ce message est largement interprété comme un désaveu de l’initiative portée par André Mbata.
Un rapport de force qui s’expose au grand jour
Cette séquence politique révèle un problème de coordination au sommet de la majorité présidentielle. L’Union sacrée, vaste coalition qui rassemble plusieurs centaines de partis et regroupements politiques, fonctionne traditionnellement autour de l’autorité politique du président Félix Tshisekedi. Le fait que deux de ses principaux animateurs tiennent des discours contradictoires sur une question aussi sensible qu’une mobilisation nationale nourrit les interrogations sur la gouvernance interne de la plateforme.
En réponse au communiqué de l’UDPS, André Mbata a rappelé que l’Union sacrée ne saurait être assimilée à un seul parti politique, aussi influent soit-il. Selon lui, une déclaration d’un responsable partisan ne peut engager l’ensemble de la plateforme, qui revendique plus de 900 composantes.
Une opposition qui observe les divisions
Ces divergences interviennent alors que la coalition d’opposition Article 64 (C64) maintient également son appel à manifester le 22 juillet pour réclamer notamment le départ du président Félix Tshisekedi. La coexistence de deux appels concurrents avait fait craindre des tensions sécuritaires, mais le retrait de facto de l’UDPS de cette contre-mobilisation modifie sensiblement les équilibres politiques.
Dans ce contexte, plusieurs figures de l’opposition ont ironisé sur l’affaiblissement d’André Mbata. C’est le cas de Mike Mukebayi, qui estime que le secrétaire permanent de l’USN aurait perdu son influence après l’abandon du projet de réforme constitutionnelle qu’il avait défendu et après le désaveu de son appel à manifester. Ces déclarations relèvent toutefois de l’appréciation politique de leur auteur et ne traduisent pas une position officielle.
Une question d’autorité au sein de la majorité
Au-delà de la polémique, cette affaire pose la question de la chaîne de commandement au sein de l’Union sacrée. Qui décide réellement des grandes orientations politiques de la plateforme ? Le secrétaire permanent dispose-t-il d’une autonomie suffisante pour engager l’ensemble des composantes ou les décisions doivent-elles être validées par les principaux partis, notamment l’UDPS ?
À quelques jours du 22 juillet, l’absence d’un message unifié pourrait affaiblir la capacité de mobilisation de la majorité et offrir à l’opposition un argument supplémentaire sur les divisions internes du camp présidentiel.
Le bras de fer entre André Mbata et Augustin Kabuya dépasse le simple désaccord sur une marche. Il met en évidence les défis de coordination d’une coalition politique très large, où les rapports de force internes deviennent de plus en plus visibles. À l’approche d’une journée annoncée comme sensible sur le plan politique, la capacité de l’Union sacrée à afficher une ligne commune sera déterminante pour préserver son unité et sa crédibilité.
Le Travailleur
