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Kinshasa : Les Bâtisseurs Du Service National Face Au Défi D’une Capitale Abandonnée à L’insalubrité.

Le Service national lance sa première opération de terrain


Le commandant du Service national, le général Jean-Pierre Kasongo Kabwik (dit général Kabwik), a lancé les premières opérations des « bâtisseurs » dans la ville de Kinshasa avec un objectif clairement affiché : restaurer l’ordre urbain et améliorer le cadre de vie des habitants.


Ces équipes sont notamment chargées de démanteler les marchés clandestins installés sur les emprises publiques, de faire disparaître les restaurants de fortune communément appelés Malewa lorsqu’ils occupent illégalement les espaces publics, d’évacuer les épaves de véhicules abandonnées et de contribuer à la lutte contre l’insalubrité.


Cette initiative s’inscrit dans la volonté des autorités de redonner à Kinshasa une image plus conforme à son statut de capitale de la République démocratique du Congo.


Une mission nécessaire, mais insuffisante


L’assainissement d’une mégapole de plus de 17 millions d’habitants ne peut toutefois se limiter aux occupations anarchiques des voies publiques.


Le véritable défi de Kinshasa demeure son réseau hydraulique largement dégradé. Chaque saison des pluies rappelle les conséquences du manque d’entretien des principales rivières qui assurent l’évacuation des eaux.


La rivière Kalamu, la rivière Funa, la rivière Gombe, la rivière Bitshaku Tshaku, ainsi que les rivières Lukunga et Makelele connaissent depuis plusieurs années un envasement important, aggravé par les dépôts d’ordures ménagères, les constructions anarchiques et l’absence d’un programme permanent de curage.


Ces cours d’eau constituent pourtant les principales artères de drainage de la capitale.


Le risque de voir les bâtisseurs travailler dans le vide


Le principal risque est que les efforts des bâtisseurs soient rapidement neutralisés si les infrastructures de drainage continuent de se détériorer.


En retirant les marchés informels ou les épaves sans restaurer les capacités d’écoulement des eaux, les autorités traitent davantage les conséquences que les causes profondes de l’insalubrité.


Les déchets continueront à être entraînés vers des rivières obstruées, provoquant des débordements, des inondations et une accumulation permanente de boues dans plusieurs communes.


Autrement dit, les bâtisseurs pourraient nettoyer aujourd’hui ce que les eaux stagnantes et les déchets ramèneront demain.


Le curage des grandes rivières, une urgence économique


Le curage régulier des rivières représente un investissement bien plus stratégique qu’une simple opération de nettoyage.


Des canaux entretenus permettent de limiter les inondations qui détruisent chaque année des habitations, endommagent les routes, perturbent les activités économiques et provoquent des pertes considérables pour les ménages comme pour les entreprises.


Ils réduisent également les risques sanitaires liés aux eaux stagnantes, favorisent une meilleure circulation urbaine et diminuent les coûts des réparations d’urgence après chaque épisode pluvieux.


Pour une ville comme Kinshasa, les dépenses consacrées au curage constituent donc un investissement préventif, bien moins coûteux que la reconstruction des infrastructures détruites.


Vers une politique intégrée de l’assainissement


L’action du Service national gagnerait à être intégrée dans un vaste programme réunissant le gouvernement central, l’Hôtel de Ville de Kinshasa, l’Office des voiries et drainage (OVD), les communes et les services spécialisés.


Cette stratégie devrait reposer sur plusieurs piliers : le curage permanent des grandes rivières, la réhabilitation des collecteurs d’eau, l’interdiction des constructions sur les emprises hydrauliques, une gestion moderne des déchets solides et une sensibilisation continue des populations.


Sans cette approche globale, les opérations de salubrité risquent d’avoir un impact limité dans le temps.


Le lancement des bâtisseurs du Service national constitue un signal fort en faveur de l’assainissement de Kinshasa. Leur mission est utile et répond à une attente des habitants. Mais elle ne produira des résultats durables que si elle est accompagnée d’une politique ambitieuse de réhabilitation des infrastructures de drainage. Le curage des rivières Kalamu, Funa, Gombe, Bitshaku Tshaku, Lukunga et Makelele apparaît aujourd’hui comme une priorité absolue. Faute de ces grands travaux, les bâtisseurs risquent de voir leurs efforts engloutis par les prochaines pluies, tandis que la capitale continuera à subir les conséquences d’un réseau hydraulique insuffisamment entretenu.


Belo