À l’heure où l’intelligence artificielle (IA) bouleverse les modes de production et transforme progressivement les métiers, l’Organisation internationale du Travail (OIT) invite les États à repenser leurs politiques de formation. Dans une récente publication intitulée « Des compétences anciennes pour de nouvelles technologies ? », l’organisation affirme que les compétences fondamentales seront plus importantes que la seule maîtrise de l’intelligence artificielle pour accéder à des emplois de qualité.
Loin d’opposer l’homme à la machine, l’OIT estime que l’avenir du travail dépendra de la capacité des travailleurs à développer des qualités telles que l’esprit critique, la communication, la créativité, la résolution de problèmes, l’adaptabilité et l’apprentissage continu. Ces compétences permettront aux salariés de travailler efficacement avec les nouvelles technologies plutôt que de les subir.
Un message qui interpelle la RDC
Cette analyse trouve un écho particulier en République démocratique du Congo. Avec une population majoritairement jeune et un marché de l’emploi dominé par le secteur informel, le pays doit préparer sa main-d’œuvre aux profondes mutations du monde du travail.
La numérisation progresse déjà dans plusieurs secteurs, notamment les banques, les télécommunications, les mines, les administrations publiques et les services. L’utilisation de l’intelligence artificielle dans la gestion des données, le service à la clientèle, la santé, l’éducation ou encore les finances devrait s’intensifier dans les prochaines années.
Dans ce contexte, la RDC ne peut se limiter à former quelques spécialistes en intelligence artificielle. Le véritable enjeu est de renforcer les compétences de base de millions de jeunes afin qu’ils puissent évoluer dans un environnement professionnel de plus en plus numérique.
Miser sur l’éducation et la formation professionnelle
Le message de l’OIT rejoint les priorités de la RDC en matière de réforme de l’enseignement et de la formation professionnelle. Les établissements scolaires, les universités et les centres de formation sont appelés à intégrer davantage les compétences numériques, mais aussi à développer les capacités d’analyse, de collaboration, de communication et d’innovation.
Pour les entreprises, investir dans la formation continue devient également un impératif afin d’accompagner les travailleurs dans l’adoption des nouvelles technologies sans compromettre l’emploi.
Faire de l’IA un levier de développement
L’intelligence artificielle représente une opportunité pour améliorer la productivité, moderniser les services publics et renforcer la compétitivité des entreprises congolaises. Toutefois, ces bénéfices ne pourront être pleinement exploités que si les travailleurs disposent des compétences nécessaires pour utiliser ces outils de manière efficace et responsable.
Pour la RDC, l’enjeu dépasse donc la simple transformation numérique. Il s’agit de construire un capital humain capable d’innover, de créer de la valeur et de répondre aux exigences d’une économie mondiale en pleine mutation.
Une recommandation pour les décideurs
L’analyse de l’OIT rappelle que l’investissement le plus rentable n’est pas seulement dans les technologies, mais dans les femmes et les hommes qui les utiliseront. Pour la République démocratique du Congo, cela implique d’accélérer les réformes de l’éducation, de renforcer la formation professionnelle, de soutenir l’apprentissage tout au long de la vie et de promouvoir une transformation numérique inclusive.
Ainsi, l’intelligence artificielle ne doit pas être perçue comme une menace pour l’emploi, mais comme une opportunité de créer des emplois plus qualifiés, plus productifs et plus dignes, à condition que le pays investisse dès aujourd’hui dans les compétences de sa jeunesse.
Belo
