Le dialogue national prend forme à travers les consultations
Lancé par le président de la République, Félix Tshisekedi, à l’issue de sa rencontre du vendredi 17 juillet avec les responsables des confessions religieuses conduits par le cardinal Fridolin Ambongo, le processus de dialogue national inclusif entre progressivement dans sa phase opérationnelle.
Dès le samedi 18 juillet, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC), mandatées pour mener les consultations politiques, ont entamé une série de rencontres avec les principales composantes de la classe politique. La première étape a concerné la coalition d’opposition C64, qui prépare une marche prévue le 22 juillet à Kinshasa pour réclamer la démission du chef de l’État.
Au cœur des échanges figuraient les garanties d’un dialogue véritablement inclusif, les modalités de son organisation ainsi que les préoccupations de l’opposition concernant une éventuelle réforme constitutionnelle. À l’issue de cette rencontre, les responsables de la C64 n’ont pas encore tranché sur le maintien ou le report de leur manifestation. Une décision est attendue ce lundi 20 juillet après une réunion de leurs dirigeants.
Selon le porte-parole de l’ECC, le pasteur Eric Senga, la mission confiée aux Églises consiste à favoriser la réconciliation nationale et à créer un cadre consensuel permettant aux Congolais d’aborder, sans exclusion, les grandes questions d’intérêt national.
Un dialogue qui s’inscrit dans une longue tradition politique congolaise
Le recours au dialogue comme mécanisme de règlement des crises politiques constitue une constante dans l’histoire récente de la République démocratique du Congo. De la Conférence nationale souveraine des années 1990 aux accords de Sun City en 2002, en passant par les concertations nationales de 2013, l’Accord de la Saint-Sylvestre de 2016 sous la médiation de la CENCO, ou encore les différentes initiatives régionales pour la paix, les dialogues ont souvent permis de désamorcer les tensions sans toutefois résoudre durablement les causes profondes des crises.
La particularité de l’initiative actuelle réside dans le rôle central confié aux confessions religieuses, qui bénéficient d’une importante crédibilité auprès d’une grande partie de la population et apparaissent comme des médiateurs capables de rapprocher des acteurs profondément divisés.
Une préparation qui révèle déjà plusieurs divergences
Les premières consultations mettent en lumière plusieurs points de friction.
D’une part, la question de l’inclusivité demeure la principale préoccupation de l’opposition, qui souhaite obtenir des garanties sur la participation de toutes les forces politiques et sociales au dialogue.
D’autre part, un décalage apparaît entre les déclarations du gouvernement et celles des responsables religieux. Alors que l’exécutif évoque la publication prochaine d’une ordonnance présidentielle fixant les modalités du dialogue, plusieurs participants aux consultations affirment que les médiateurs ont indiqué agir sur la base d’un mandat de consultation, sans attendre ce texte.
Autre élément significatif : les représentants de la CENCO et de l’ECC auraient insisté sur le fait qu’aucun sujet ne serait exclu à l’avance. Les participants seraient appelés à définir eux-mêmes l’ordre du jour, ouvrant ainsi la possibilité d’aborder la question de la Constitution, pourtant présentée par le gouvernement comme ne figurant pas parmi les thèmes officiellement retenus.
Parallèlement, au sein de la coalition C64, les positions restent nuancées. Certains responsables privilégient le maintien de la pression populaire à travers la marche du 22 juillet tout en participant au dialogue. D’autres estiment qu’un report de la manifestation pourrait favoriser un climat plus propice aux discussions et limiter les risques de tensions.
Un test politique pour toutes les parties
Au-delà de la préparation technique du dialogue, les consultations menées par la CENCO et l’ECC constituent un véritable test de confiance entre le pouvoir, l’opposition et les institutions religieuses. Leur capacité à convaincre les différentes forces politiques de privilégier la négociation plutôt que la confrontation déterminera largement la crédibilité de cette initiative.
Le report éventuel de la marche du 22 juillet pourrait être interprété comme un premier geste d’apaisement, à condition que les consultations débouchent rapidement sur des garanties claires concernant l’organisation, les participants et les thèmes du dialogue.
Le dialogue national inclusif entre désormais dans une phase décisive. Les consultations conduites par la CENCO et l’ECC montrent une volonté commune de rechercher une sortie politique aux tensions actuelles, mais elles révèlent également des divergences importantes sur les modalités et les contours du processus. Les décisions attendues de l’opposition concernant la marche du 22 juillet, ainsi que la poursuite des consultations avec les autres acteurs politiques et sociaux, constitueront les premiers indicateurs de la capacité de cette initiative à créer un consensus national durable ou, au contraire, à accentuer les lignes de fracture du paysage politique congolais.
Belo
