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RDC : Tshisekedi Reçoit Le Cahier Des Charges De La Jeunesse, Entre Emploi, Gouvernance Et Débat Constitutionnel.

Le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a reçu, jeudi 13 août à la Cité de l’Union africaine, la ministre de la Jeunesse et Éveil patriotique, Grâce Émie Kutino, venue lui remettre officiellement le cahier des charges de la jeunesse congolaise.


Cette remise intervient dans le prolongement de la Journée internationale de la jeunesse, célébrée le 12 août, et constitue l’aboutissement d’une consultation présentée comme inclusive, menée auprès des jeunes des différentes provinces de la République démocratique du Congo ainsi que de la diaspora.


Au cœur du document figurent plusieurs préoccupations qui traversent depuis des années la jeunesse congolaise : l’accès à l’emploi, le soutien à l’entrepreneuriat, l’égalité des chances, l’accès aux opportunités économiques et une participation accrue des jeunes aux institutions et à la gouvernance publique.


Au-delà d’un simple inventaire de revendications, le cahier des charges ambitionne ainsi de constituer une feuille de route susceptible d’orienter les politiques publiques en faveur d’une frange de la population dont le poids démographique contraste encore avec sa représentation dans plusieurs centres de décision.


« Oui, je le veux » : de la mobilisation citoyenne au débat constitutionnel


La démarche portée par Grâce Émie Kutino s’inscrit également dans la campagne « Oui, je le veux », lancée autour de la participation politique des jeunes et de la question constitutionnelle. Avant la Journée internationale de la jeunesse, la ministre avait publiquement associé cette campagne à l’idée d’une Constitution plus inclusive et à une meilleure représentation de la jeunesse dans les institutions.


Cette orientation donne cependant au cahier des charges une dimension éminemment politique. Car la question d’une éventuelle réforme ou d’un changement de Constitution demeure un sujet de fortes divergences en RDC. Toute revendication portée au nom de la jeunesse sur ce terrain devra donc être distinguée des autres préoccupations socio-économiques afin que celles-ci ne soient pas éclipsées par le seul débat institutionnel.


La consultation de la jeunesse peut contribuer au débat national ; elle ne saurait, à elle seule, préjuger du choix de l’ensemble de la population sur une question constitutionnelle. C’est précisément dans cette distinction entre aspirations de la jeunesse, initiative politique et décision souveraine du peuple que se jouera la crédibilité de la démarche.


Une jeunesse nombreuse, mais confrontée au défi de l’insertion


Sur le fond, les préoccupations transmises au Chef de l’État renvoient à une réalité structurelle : la RDC dispose d’une population extrêmement jeune, ce qui constitue à la fois un formidable potentiel et un défi majeur pour les pouvoirs publics.


Chaque année, de nombreux jeunes arrivent sur le marché du travail alors que l’économie formelle ne crée pas encore suffisamment d’emplois stables pour absorber cette demande. Une grande partie se tourne vers l’économie informelle, les petits commerces, les activités numériques ou l’auto-emploi, souvent sans financement adapté ni accompagnement durable.


Dans ces conditions, la question n’est plus seulement de consulter la jeunesse, mais de transformer ses propositions en politiques mesurables : financement accessible des PME et start-up, formation professionnelle adaptée aux besoins du marché, développement des métiers techniques et numériques, soutien à l’agriculture et à l’industrie, accès transparent aux emplois publics et privés, ainsi qu’une représentation plus significative des nouvelles générations dans les mécanismes de décision.


Le véritable test commence après la remise du document


La réception du cahier des charges par le Président Tshisekedi constitue un signal politique, mais sa portée dépendra essentiellement de la suite qui lui sera réservée.


L’expérience congolaise montre que les forums, consultations, états généraux et recommandations produisent régulièrement des documents ambitieux dont l’exécution reste parfois en deçà des attentes. Pour éviter cet écueil, le cahier des charges de la jeunesse gagnerait à être accompagné d’un mécanisme de suivi, d’un calendrier d’exécution, d’indicateurs précis et d’une identification claire des ministères et institutions responsables.


Il faudra surtout éviter que les revendications sociales de la jeunesse soient absorbées par la seule bataille autour de la Constitution. L’emploi, la formation, l’entrepreneuriat, l’accès au crédit, la mobilité sociale et la participation aux responsabilités publiques sont des urgences qui demeurent, quelle que soit l’issue du débat constitutionnel.


Pour Grâce Émie Kutino, le défi est donc double : maintenir la mobilisation de la jeunesse tout en démontrant que cette dynamique peut déboucher sur des résultats concrets. Pour le Président Tshisekedi et son gouvernement, il s’agit désormais de montrer que l’écoute institutionnelle peut être suivie d’actes.


Passer du cahier des charges au contrat de résultats


La remise au Chef de l’État du cahier des charges de la jeunesse marque une étape symbolique importante. Mais, pour les millions de jeunes Congolais confrontés quotidiennement au chômage, à la précarité et aux difficultés d’accès aux opportunités, la véritable réponse ne se mesurera pas au nombre de consultations organisées, mais aux changements effectivement ressentis dans leur quotidien.


En portant leurs revendications jusqu’à la Présidence de la République, Grâce Émie Kutino place désormais la question de la jeunesse au niveau de la responsabilité politique nationale. Le document est sur la table du Chef de l’État. Reste à savoir quelles propositions seront retenues, quels moyens leur seront consacrés et selon quel calendrier.


Car après le temps de la consultation vient celui de l’évaluation. Si « Oui, je le veux » exprime la volonté d’une jeunesse de prendre part à son avenir, le prochain enjeu sera de transformer ce “oui” en emplois, en opportunités, en responsabilités et en résultats vérifiables.


Belo