L’Hôtel de ville de Kinshasa annonce la construction « imminente » d’un nouveau marché moderne sur le site de l’UPN, dans la commune de Ngaliema. Le projet prévoit 1 300 étalages, 76 magasins ainsi qu’un parking d’une capacité de 100 véhicules.
Cette infrastructure est présentée par les autorités provinciales comme une réponse au commerce informel et à l’occupation anarchique de la voie publique dans cette partie particulièrement fréquentée de la capitale.
C’est dans cette perspective que le ministre provincial des Infrastructures, Travaux publics, Affaires foncières, Urbanisme et Habitat, Alain Tshilungu, a procédé à la démolition des constructions jugées anarchiques érigées sur le site, sur instruction du gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba Lubaki.
L’opération s’inscrit dans le programme « Kinshasa Ezo Bonga », notamment à travers le principe « Balabala Eza Wenze Te », autrement dit : la voie publique n’est pas un marché.
Après les démolitions, la question du calendrier
Si la nécessité de réorganiser le commerce autour de l’UPN peut difficilement être contestée au regard de la congestion et de l’occupation des emprises publiques, une interrogation demeure : quel est le calendrier précis de construction et de livraison du nouveau marché ?
L’annonce consultée présente la construction comme imminente et détaille les capacités du futur ouvrage, mais ne précise pas, dans les éléments rendus publics, la date effective du début des travaux, leur durée contractuelle, leur coût, l’entreprise chargée de l’exécution ni la date de livraison.
Ces informations sont pourtant essentielles, particulièrement lorsque des commerçants ont déjà été contraints de quitter les espaces qu’ils occupaient.
Car démolir constitue une première étape ; construire et livrer dans les délais annoncés représente le véritable test de l’action publique.
Le précédent du Marché central invite à la prudence
L’expérience du Marché central de Kinshasa, communément appelé Zando, devrait justement inciter l’Hôtel de ville à communiquer dès le départ un chronogramme précis.
Fermé depuis janvier 2021 pour sa modernisation, le Marché central a connu plusieurs annonces de livraison. En février 2025, le ministère provincial des ITP indiquait même que l’exécution physique du chantier avait atteint 99 %, tout en précisant que son ouverture restait tributaire notamment de l’aménagement des voies d’accès.
En juin 2025, le gouverneur Daniel Bumba annonçait encore une réouverture dans un délai d’environ quatre mois. Pourtant, en juillet 2026, soit plus d’un an après cette annonce, le peuple constatait que Zando n’était toujours pas ouvert au public et que les autorités poursuivaient l’assainissement et la réfection des voies environnantes en préparation de sa réouverture.
Ce précédent explique pourquoi le projet de l’UPN gagnerait à être accompagné, dès son lancement, d’engagements vérifiables.
Quel sort pour les commerçants déguerpis ?
Une autre question concerne la période de transition. Où les vendeurs concernés exerceront-ils leurs activités pendant la construction ? Des sites temporaires sont-ils prévus ? Quels critères permettront ensuite d’attribuer les 1 300 étalages et 76 magasins ?
La modernisation urbaine ne devrait pas seulement se mesurer au nombre de constructions démolies. Elle doit également être appréciée à travers la capacité des pouvoirs publics à proposer rapidement une solution organisée, viable et durable aux personnes affectées.
Le futur marché de l’UPN pourrait incontestablement contribuer à désengorger cette zone, améliorer la circulation, sécuriser les activités commerciales et restituer les trottoirs et chaussées à leur fonction première.
Un chronogramme attendu
L’annonce d’un marché moderne à l’UPN constitue donc une ambition importante pour Kinshasa. Mais après les démolitions, l’urgence est désormais de passer de l’annonce au chantier et du chantier à la livraison.
Pour éviter que l’UPN ne connaisse une attente comparable à celle du Marché central, l’Hôtel de ville devrait rendre public un calendrier comportant une date de démarrage, une durée des travaux, les principales étapes d’exécution et une échéance ferme de livraison.
Pour les commerçants comme pour les habitants, la réussite de « Kinshasa Ezo Bonga » se jugera moins à la rapidité des démolitions qu’à celle avec laquelle des infrastructures promises seront effectivement achevées et mises au service de la population.
Belo
