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Diplomatie De Salon Et Calvaire Du Kivu : Qu’attendre Du énième Huis Clos Suisse Entre La RDC Et L’AFC/M23 ?

L'illusion des processus : Anatomie d'une rencontre de plus




Cinq mois après leurs précédents échanges près de
Montreux, le gouvernement de la République démocratique du Congo et les
délégués du mouvement politico-militaire AFC/M23 se sont de nouveau isolés
pendant près de sept jours sous les auspices de la Suisse, du Qatar, de l'Union
africaine, des États-Unis et du Togo. L'objectif affiché : relancer un
processus de paix moribond. Pourtant, le constat au terme de cette retraite
reste particulièrement amer. Aucun nouveau protocole substantiel n'a été
négocié sur les huit prévus par l'accord-cadre de Doha. La seule avancée
tangible réside dans l'adoption d'un mécanisme de suivi de la mise en œuvre des
engagements existants et dans une tentative de clarification des rôles entre
médiateurs, facilitateurs et accompagnateurs internationaux.




L'analyse des enjeux : Opportunités tactiques et blocages structurels




L'existence d'une table de discussion directe
offre une opportunité minimale en évitant la rupture totale des communications,
ce qui reste essentiel pour prévenir un embrasement régional incontrôlé.
L'institutionnalisation d'un organe de contrôle pour l'accord-cadre de Doha
apporte une structure pour mesurer l'effectivité des engagements pris, tandis
que la présence du Togo et de la diplomatie américaine témoigne d'une attention
internationale persistante. De plus, la prise en compte des dossiers
humanitaires urgents, comme l'échange de prisonniers et la portée des sanctions
internationales, maintient une dynamique de décrispation minimale.




Cependant, les limites de cet exercice
apparaissent écrasantes face aux réalités du terrain. Il existe une déconnexion
totale entre les discussions feutrées de Montreux et le drame vécu par les
populations civiles victimes des exactions, des déplacements forcés et des
violations du droit humanitaire dans les Kivu. Ce format de négociation directe
passe sous silence le rôle central du soutien militaire et logistique rwandais
à l'AFC/M23, réduisant abusivement la rébellion à un acteur autonome. La
lenteur exaspérante des travaux, avec seulement deux protocoles abordés sur
huit en plusieurs mois, illustre une stratégie d'usure délibérée. Enfin, la
crise de confiance est alimentée par la mauvaise foi sur les engagements pris,
à l'image des désaccords majeurs sur les listes de libération de prisonniers où
seuls neuf détenus ont été libérés sur les huit cents revendiqués.




L'attente vaine des populations martyrisées




Que peut-on réellement attendre du communiqué
conjoint attendu ce 22 août 2026 ? Très peu, au regard de la détérioration
continue de la situation sécuritaire. L'alliance entre l'agenda expansionniste
rwandais et l'opportunisme politique de l'AFC, incarné par Corneille Nangaa, exploite ces rendez-vous diplomatiques pour légitimer son emprise territoriale
tout en gagnant du temps. Pour les civils du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, ces rencontres répétées en Europe apparaissent comme un théâtre d'ombres, déconnecté
de la tragédie quotidienne.




Tant que la communauté internationale s'abstiendra
d'imposer des sanctions directes, contraignantes et ciblées contre le pouvoir
parrain de Kigali et que la RDC ne renforcera pas son rapport de force sur le
terrain, ces retraites helvétiques ne seront que des parenthèses
bureaucratiques. La paix durable ne se décrétera pas dans les salons de
Montreux, mais dans la volonté politique d'imposer le respect de la
souveraineté congolaise et de mettre fin à l'impunité des seigneurs de guerre. (Par Daniel Massamba Meboya)