KINSHASA — Le Gouvernement congolais entend accélérer la lutte contre la spoliation des biens immobiliers et fonciers de l’État comme des particuliers. Dans un communiqué publié mardi 25 août 2026, le Cabinet du ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux annonce une nouvelle injonction adressée au Procureur général près la Cour de cassation afin d’engager des poursuites contre les personnes présumées impliquées dans plus de 62 dossiers de spoliation à Kinshasa.
Cette injonction, donnée le 19 août 2026, intervient dans le prolongement d’une première démarche initiée le 16 octobre 2025 auprès de l’Auditeur général des FARDC. Selon le ministère, l’évolution des investigations, l’apparition de nouveaux éléments et la gravité des faits présumés justifient désormais l’engagement de poursuites judiciaires.
Le réseau « Folioman » dans le viseur
Au cœur de cette offensive judiciaire figure un réseau présenté par le ministère sous l’appellation de « Folioman ». Celui-ci serait impliqué dans un vaste système de falsification de titres et de documents administratifs, ainsi que dans la spoliation et la vente frauduleuse de biens fonciers et immobiliers dans la capitale.
Le communiqué identifie Kipasa Kitakya comme étant à la tête de ce réseau présumé. Autour de lui graviteraient, selon le ministère de la Justice, plusieurs personnes issues de professions et de services directement liés à la chaîne foncière et judiciaire : avocats, huissiers, greffiers, cadres des Affaires foncières, agents du Cadastre ainsi que d’autres complices présumés.
Le mécanisme décrit est particulièrement préoccupant. Des parcelles appartenant à l’État ou à des particuliers seraient systématiquement ciblées, au point que certains propriétaires ignoreraient que leurs maisons ou terrains ont déjà fait l’objet de ventes frauduleuses ou de spoliations à leur insu.
À ce stade, il convient toutefois de rappeler que les personnes citées ou visées par les enquêtes demeurent présumées innocentes tant qu’une juridiction compétente n’a pas établi leur culpabilité.
Les 62 dossiers ne seraient qu’un premier lot
Le ministère précise que l’ensemble des dossiers concernés a été transmis au Parquet afin qu’ils soient examinés avec célérité et que, lorsque les éléments le justifient, les présumés auteurs soient déférés devant leur juge naturel.
Mais l’affaire pourrait prendre une dimension beaucoup plus importante. Les 62 dossiers ne constituent, selon le communiqué, qu’un « premier lot ». Les investigations se poursuivent, les autorités soupçonnant l’existence d’un réseau plus vaste et profondément implanté dans les circuits administratifs et fonciers.
Cette perspective pose une question fondamentale : au-delà des poursuites individuelles, la lutte contre la spoliation peut-elle réellement produire des résultats durables sans assainissement des mécanismes de délivrance, d’authentification et de conservation des titres fonciers ?
Car la multiplication des faux documents, des ventes litigieuses et des titres concurrents fragilise non seulement les propriétaires, mais aussi la sécurité juridique des investissements immobiliers dans la capitale.
Une coordination permanente entre Justice, Urbanisme et Affaires foncières
Face à l’ampleur du phénomène, le Gouvernement affirme avoir instauré un cadre permanent de concertation réunissant notamment les ministères de la Justice, de l’Urbanisme et Habitat et des Affaires foncières, avec l’appui de l’Agence nationale de protection du patrimoine immobilier de l’État (AN-PPIE).
Cette structure doit notamment améliorer la coordination des interventions, sécuriser les titres et documents fonciers et cadastraux et accélérer le traitement des cas de spoliation signalés.
L’enjeu dépasse donc les seuls 62 dossiers actuellement annoncés. À Kinshasa, où la pression foncière est considérable, la crédibilité de cette offensive dépendra surtout des résultats judiciaires obtenus : identification des responsabilités, récupération éventuelle des biens spoliés, réparation des victimes et sanctions des personnes reconnues coupables.
Le ministère de la Justice réaffirme, pour sa part, la détermination du Gouvernement à protéger le droit de propriété et à combattre toutes les formes de spoliation foncière et immobilière.
Cette nouvelle offensive judiciaire constitue ainsi un test grandeur nature pour l’État de droit. L’opinion attend désormais que les dossiers annoncés dépassent le stade des injonctions et débouchent sur des procédures transparentes, des décisions judiciaires exécutées et, surtout, une sécurisation durable du patrimoine foncier des citoyens comme de l’État.
Le Travailleur
