La République démocratique du Congo renforce son dispositif contre la maladie à virus Ebola. Jeudi 27 août 2026, le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Samuel-Roger Kamba, a officiellement lancé à Kisangani, chef-lieu de la Tshopo, la campagne de vaccination destinée en priorité aux professionnels de santé et aux acteurs directement engagés dans la riposte.
Cette opération intervient dans un contexte particulièrement préoccupant. Selon les dernières données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), arrêtées au 26 août, la RDC totalise 5 794 cas confirmés, dont 2 786 décès et 1 293 personnes guéries. Le taux brut de létalité atteint ainsi 48,1 %. L’épidémie touche désormais 60 zones de santé réparties dans six provinces : l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uélé, le Bas-Uélé et la Tshopo.
Les soignants en première ligne
À Kisangani, les personnels de santé constituent la première cible de la vaccination. Médecins, infirmiers, laborantins et autres intervenants de la riposte sont particulièrement exposés en raison de leurs contacts avec les malades et les cas suspects.
« Nous avons décidé d’utiliser le bon vieux vaccin Ervebo pour pouvoir protéger d’abord ceux qui sont en première ligne », a expliqué Samuel-Roger Kamba lors du lancement. Les personnes ayant été en contact avec des malades doivent également être progressivement concernées par la stratégie de protection.
Le choix d’Ervebo constitue cependant un pari scientifique encadré. Le vaccin est homologué contre la maladie provoquée par le virus Ebola de type Zaïre, alors que l’épidémie actuelle en RDC est causée par le virus Bundibugyo. L’efficacité protectrice d’Ervebo contre ce dernier chez l’être humain n’est donc pas encore établie.
Les autorités sanitaires espèrent néanmoins qu’une protection croisée soit possible. C’est pourquoi l’utilisation du vaccin sur le terrain sera accompagnée d’un essai clinique destiné à produire les données scientifiques nécessaires.
70 000 doses mobilisées
L’ampleur de la mobilisation traduit l’urgence de la situation. Une allocation initiale de 70 000 doses d’Ervebo a été approuvée pour la RDC à travers le stock mondial de vaccins contre Ebola. Sur cette quantité, 50 000 doses sont destinées aux personnels de santé et autres intervenants de première ligne, tandis que 20 000 doses doivent servir à un essai clinique de phase III visant précisément à déterminer l’impact du vaccin contre le virus Bundibugyo.
Un premier lot de 16 520 doses était arrivé à Kinshasa le 21 août, dans le cadre d’une livraison de plus de 50 000 doses attendues quelques jours plus tard.
La vaccination doit notamment être déployée dans plusieurs zones sanitaires de la Tshopo, du Bas-Uélé et du Haut-Uélé. Mais la bataille demeure considérable : l’Ituri reste l’épicentre avec 4 802 cas confirmés, tandis que le Nord-Kivu constitue le deuxième foyer le plus touché avec 775 cas recensés au 26 août.
La recherche s’accélère contre Bundibugyo
La riposte sanitaire se joue également dans les laboratoires. Plusieurs candidats vaccins spécifiquement conçus contre Bundibugyo sont actuellement en développement. Des équipes de l’Université d’Oxford et de Moderna figurent notamment parmi celles engagées dans cette course scientifique. Les travaux doivent déterminer leur innocuité et leur capacité à provoquer une réponse immunitaire suffisante avant une éventuelle utilisation à grande échelle.
Cette recherche est stratégique : contrairement au virus Ebola de type Zaïre, contre lequel des outils vaccinaux éprouvés existent, la souche Bundibugyo ne dispose pas encore d’un vaccin homologué spécifiquement pour son contrôle.
La confiance des communautés, autre front de la bataille
La disponibilité des vaccins ne suffira toutefois pas à elle seule à stopper l’épidémie. La réussite de la campagne dépendra également de l’adhésion des populations.
Dans plusieurs épisodes précédents d’Ebola en RDC, la désinformation, la méfiance envers les équipes sanitaires, les résistances communautaires et l’insécurité ont compliqué les opérations de surveillance, de vaccination et de prise en charge.
À cela s’ajoutent aujourd’hui les déplacements de populations et les difficultés d’accès aux structures sanitaires dans certaines zones affectées. L’OMS souligne également que les retards dans l’identification des malades favorisent la transmission au sein des familles, des communautés et des établissements de santé.
Le lancement de la vaccination à Kisangani marque donc une étape majeure, mais pas encore la victoire. La RDC dispose désormais d’un outil supplémentaire pour protéger ceux qui affrontent quotidiennement le virus. L’enjeu sera de conjuguer vaccination, détection rapide des cas, prise en charge médicale, surveillance épidémiologique et mobilisation communautaire.
Avec près de 2 800 morts, la course contre Ebola est désormais aussi une course contre le temps. La capacité des autorités et de leurs partenaires à gagner la confiance des communautés sera aussi déterminante que les avancées scientifiques pour briser durablement les chaînes de transmission.
Belo
