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Affaire Semlex : La Justice Belge Ouvre La Voie Au Procès Des Passeports Biométriques Congolais.

Après près de neuf ans d’enquête, Semlex et plusieurs prévenus seront jugés en Belgique dans l’affaire du contrat des passeports biométriques congolais, sur fond de soupçons de corruption et de blanchiment.


Kinshasa–Bruxelles, 31 août 2026 — L’affaire des passeports biométriques de la République démocratique du Congo franchit une étape judiciaire majeure. La Chambre du Conseil de Bruxelles a décidé de renvoyer devant le tribunal correctionnel Semlex ainsi que 14 inculpés, appelés à répondre de faits présumés de corruption d’agents publics étrangers, de blanchiment et de fraude fiscale.


Cette décision est saluée par les citoyens congolais et les organisations de la société civile constitués parties civiles. Elle ouvre désormais la voie à un procès susceptible d’éclairer les conditions dans lesquelles avait été exécuté le contrat relatif à la production des passeports biométriques congolais.


Semlex, entreprise belge ayant produit les passeports biométriques de la RDC entre 2015 et 2025, deviendrait, selon les organisations parties civiles, la première entreprise belge renvoyée devant un tribunal correctionnel en Belgique pour des faits présumés de corruption internationale avec la perspective d’un examen de l’affaire sur le fond.


Un dossier estimé à près de 60 millions de dollars


Au cœur du dossier figure le mécanisme financier entourant la délivrance des passeports biométriques, dont le prix avait été fixé à 185 dollars américains.


Selon les éléments rapportés par les parties civiles, une fraction de 60 dollars par passeport aurait été reversée à LRPS Ltd, une société basée à Dubaï et présentée comme liée à une proche de l’ancien président de la République, Joseph Kabila. Ce dispositif aurait généré près de 60 millions de dollars de malversations présumées.


Ces accusations devront toutefois être examinées contradictoirement devant la juridiction compétente. Les personnes renvoyées devant le tribunal restent, à ce stade, présumées innocentes jusqu’à l’établissement éventuel de leur culpabilité par la justice.


Neuf années d’investigations


L’importance de la décision tient également à la durée et à l’ampleur de l’enquête. D’après le communiqué des parties civiles, les enquêteurs belges ont travaillé pendant près de neuf ans sur les circuits financiers associés au dossier.


Des centaines de courriels et messages électroniques auraient été analysés, tandis que de nombreux témoins et suspects ont été auditionnés. Des commissions rogatoires auraient également été menées en RDC et aux Émirats arabes unis, où plusieurs sociétés impliquées auraient été enregistrées.


En mai 2020, 51 citoyens congolais s’étaient constitués parties civiles devant la justice belge avec le soutien de la coalition Le Congo n’est pas à vendre. Ils avaient ensuite été rejoints notamment par la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), la Ligue des droits humains, UNIS ainsi que Transparency International et sa section belge.


Des Congolais veulent savoir où est allé leur argent


Pour les parties civiles, derrière les montants et les montages financiers présumés se trouve une question directement liée aux citoyens congolais qui avaient payé leurs passeports.


Fred Bauma, citoyen congolais constitué partie civile, souligne que les Congolais ayant déboursé 185 dollars pour obtenir ce document sont en droit de connaître la destination exacte des sommes perçues.


Au-delà des responsabilités qui pourraient être établies en Belgique, les parties civiles espèrent que le procès permettra également de déterminer si des responsabilités doivent être recherchées du côté congolais.


Jean-Claude Katende, vice-président de la FIDH et président de l’Association africaine de défense des droits de l’homme (ASADHO), estime notamment que les éléments qui ressortiront de la procédure pourraient conduire à une action judiciaire complémentaire en RDC, afin que les éventuelles responsabilités congolaises soient également examinées.


Un procès à portée internationale


L’affaire dépasse ainsi le seul contentieux commercial relatif aux passeports. Elle pourrait constituer un test important pour la lutte contre la corruption transnationale et la capacité des juridictions à poursuivre des entreprises soupçonnées d’avoir participé à des mécanismes de corruption à l’étranger.


Transparency International Belgique considère d’ailleurs ce renvoi comme une étape importante pour la justice belge, alors que le pays a déjà fait l’objet de critiques concernant l’efficacité de sa répression de la corruption d’agents publics étrangers.


Pour la RDC, l’enjeu est tout aussi considérable. Le procès pourrait permettre de mieux comprendre les circuits financiers liés à l’ancien contrat des passeports biométriques et, surtout, de déterminer juridiquement qui a bénéficié des sommes aujourd’hui au centre des soupçons.


Une affaire judiciaire, pas encore un verdict


Le renvoi devant le tribunal correctionnel ne signifie pas que les accusations sont déjà établies. Il ouvre la phase au cours de laquelle les différentes parties pourront présenter leurs arguments et les prévenus exercer pleinement leurs droits de défense.


Après près de neuf années de procédures et d’investigations, l’affaire Semlex entre donc dans une nouvelle étape. Pour les citoyens congolais constitués parties civiles, l’objectif affiché demeure désormais que la justice fasse toute la lumière sur la gestion financière d’un document aussi essentiel que le passeport national et établisse, le cas échéant, les responsabilités de chacun.


Pour la RDC, le procès pourrait avoir une portée particulière : celle de transformer une controverse vieille de plusieurs années sur le coût des passeports en un débat judiciaire documenté sur la destination de l’argent payé par les citoyens congolais.


Belo