KINSHASA, 3 septembre 2026 — L’opposant congolais Delly Sesanga Hipungu s’est élevé contre l’imposition de frais scolaires aux élèves du primaire dans les zones du Nord-Kivu contrôlées par l’AFC/M23. Dans une déclaration datée du 2 septembre, il estime que la guerre et les divisions politiques ne peuvent avoir pour conséquence de priver les enfants de leur droit à l’éducation.
Sous le titre « La guerre ne doit jamais entrer dans la salle de classe », Delly Sesanga soutient que la gratuité de l’enseignement primaire public constitue un droit qui doit bénéficier aux enfants congolais indépendamment de la situation sécuritaire ou de l’autorité exerçant le contrôle effectif sur leur territoire.
La gratuité présentée comme un acquis à préserver
Pour étayer sa position, l’ancien député national invoque l’article 43 de la Constitution congolaise, qui consacre notamment la gratuité de l’enseignement primaire dans les établissements publics.
Tout en reconnaissant que la mise en œuvre de cette politique peut faire l’objet de critiques, Delly Sesanga considère la gratuité comme un « acquis social » qui doit être préservé.
« Aucun enfant congolais ne peut être privé de ce droit en raison de l’endroit où il vit ou de l’autorité qui contrôle son territoire », affirme-t-il, avant d’insister : « L’égalité entre les enfants congolais ne s’arrête pas aux lignes de front. »
Cette prise de position intervient dans un contexte particulier pour les familles de l’Est de la RDC, confrontées aux conséquences prolongées du conflit armé. Delly Sesanga cite notamment les pertes en vies humaines, les déplacements de populations, la destruction d’activités économiques, l’appauvrissement des ménages et la désorganisation des services essentiels.
« On ne peut pas leur imposer maintenant de payer »
L’opposant estime ainsi que l’introduction de frais scolaires ferait peser une charge supplémentaire sur des ménages déjà fragilisés.
« On ne peut pas leur imposer maintenant de payer pour que leurs enfants puissent aller à l’école », écrit-il.
Il soulève également la question du financement de l’enseignement dans ces territoires, faisant valoir que les enseignants concernés continueraient d’être rémunérés par l’État congolais. Selon lui, demander parallèlement aux parents de financer l’enseignement primaire reviendrait à leur faire supporter une nouvelle conséquence économique de la guerre.
Sesanga interpelle également le Gouvernement
Au-delà de sa dénonciation de la mesure attribuée aux autorités de l’AFC/M23, Delly Sesanga interpelle le Gouvernement congolais. Il lui demande de prendre, avec les partenaires du secteur éducatif, les dispositions nécessaires pour assurer l’effectivité de la gratuité et éviter que des enfants soient exclus du système scolaire pour des raisons financières.
Il réclame ainsi le retrait immédiat des frais scolaires concernés.
Sa déclaration dépasse dès lors la seule confrontation politique entre Kinshasa et l’AFC/M23 : elle pose la question de la continuité des droits sociaux fondamentaux dans les territoires affectés par la guerre et échappant au contrôle du gouvernement central.
L’école au-dessus des lignes de front
Pour Delly Sesanga, l’éducation devrait rester un espace protégé des conséquences de la confrontation militaire et politique.
« Nos différends politiques et la guerre ne doivent jamais prendre l’éducation de nos enfants en otage », affirme-t-il.
Et de conclure : « L’école doit rester ouverte et gratuite pour tous les enfants du primaire public. Partout en République démocratique du Congo. »
Dans un pays où le conflit a déjà profondément perturbé la scolarité de milliers d’enfants dans l’Est, cette controverse remet au premier plan un enjeu majeur : garantir la continuité de l’éducation et l’égalité d’accès à l’école, y compris dans les territoires affectés par la guerre.
Le Travailleur
