Kinshasa — L’ancien ministre des Finances Nicolas Kazadi a livré une longue défense de son passage à la tête du ministère, revenant sur plusieurs dossiers controversés, notamment la Kinshasa Arena, le Centre financier, les forages, la stabilité du franc congolais et la politique d’endettement de la RDC.
Après une période de relative discrétion médiatique, Nicolas Kazadi reprend la parole. Lors d’un Space organisé mercredi 2 septembre 2026 par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, l’ancien argentier national, aujourd’hui député national, a cherché à rétablir sa version des faits sur plusieurs dossiers ayant marqué son passage au gouvernement.
Kinshasa Arena : « J’ai payé 30 millions, pas 104 »
C’est probablement l’une des déclarations les plus importantes de son intervention. Nicolas Kazadi conteste l’idée selon laquelle 104 millions de dollars auraient été décaissés sous sa responsabilité pour la construction de la Kinshasa Arena.
Selon lui, environ 30 millions USD avaient effectivement été payés au moment de son départ du gouvernement, alors que l’exécution physique du projet se situait, d’après son estimation, entre 60 et 65 %. Le montant de 104 millions USD correspondrait plutôt au coût global renégocié du projet.
L’ancien ministre affirme avoir contribué à ramener le coût de l’infrastructure à environ 104 millions USD, après des estimations antérieures beaucoup plus élevées. « J’ai payé 30 millions, pas 104 », a-t-il notamment soutenu.
Cette précision déplace le débat : il ne s’agit plus seulement de savoir combien coûte l’Arena, mais de déterminer quels montants ont effectivement été décaissés sous chaque responsable des Finances et quelle était, à chaque étape, l’évolution réelle des travaux.
Centre financier : Kazadi assume un choix stratégique
Nicolas Kazadi défend également le Centre financier de Kinshasa, régulièrement critiqué en raison de son coût.
Pour l’ancien ministre, l’infrastructure ne devrait pas être analysée uniquement comme une dépense publique. Il la présente plutôt comme un patrimoine de l’État susceptible de générer des revenus et de servir de levier pour financer d’autres investissements.
Il soutient que l’ensemble immobilier, comprenant notamment le Centre financier et l’Arena, représenterait désormais une valeur patrimoniale considérable. Son ambition était notamment d’utiliser certains actifs publics dans une logique d’investissement et de rentabilité, à travers un fonds capable de financer des secteurs comme l’agriculture, l’immobilier ou certaines infrastructures.
Cette approche constitue le cœur de la défense économique de Kazadi : transformer certaines dépenses d’infrastructures en actifs capables de produire des ressources à long terme.
Forages : « On m’a sali »
L’ancien ministre est également revenu sur le très controversé dossier des forages.
Il estime avoir été injustement présenté comme l’un des principaux responsables de cette affaire et renvoie la question de l’exécution physique des travaux au ministère sectoriel qui en avait la charge.
« On m’a sali », a-t-il déclaré, contestant ainsi la manière dont son rôle dans cette affaire a été présenté dans l’opinion publique.
Cette défense n’épuise toutefois pas les interrogations. Elle pose au contraire une question institutionnelle essentielle : dans les grands marchés publics, où s’arrête la responsabilité du ministère chargé du décaissement et où commence celle du ministère chargé de l’exécution et du contrôle physique des travaux ?
Franc congolais : Kazadi salue la BCC mais relève un « choc »
Sur la politique monétaire, Nicolas Kazadi adopte une position plus nuancée.
Il reconnaît les efforts de la Banque centrale du Congo dans la stabilisation du franc congolais, mais considère que l’appréciation enregistrée auparavant a été trop forte et trop brutale.
Selon lui, cette évolution a créé un choc dans l’économie nationale dont les conséquences continuent d’être ressenties.
Pour l’ancien ministre, la mission fondamentale d’une banque centrale doit être avant tout de stabiliser la monnaie, plutôt que de chercher à provoquer son appréciation ou sa dépréciation.
Eurobond : pourquoi Kazadi avait privilégié la prudence
Nicolas Kazadi est aussi revenu sur la stratégie d’endettement adoptée lorsqu’il dirigeait les Finances.
Il affirme que, dès 2022, plusieurs banques étaient disposées à accompagner la RDC dans une émission obligataire internationale. Son équipe avait cependant préféré ne pas se précipiter vers un financement aux conditions commerciales.
La raison avancée est simple : les recettes fiscales et les financements concessionnels progressaient déjà et le véritable problème résidait, selon lui, dans la capacité de la RDC à absorber efficacement les ressources disponibles.
Kazadi affirme ainsi que le pays disposait de plus de 8 milliards USD d’appuis extérieurs destinés à différents projets, auxquels s’ajoutaient notamment des ressources provenant du programme Sicomines.
Son principe était donc de parvenir d’abord à « dépenser vite et bien » les ressources disponibles avant de contracter de nouvelles dettes commerciales.
Une sortie médiatique qui ressemble à une défense de bilan
Au-delà des chiffres, cette intervention marque surtout le retour de Nicolas Kazadi dans le débat public sur son propre bilan.
L’ancien ministre ne se contente pas de nier certaines accusations. Il cherche à imposer une autre lecture de son passage aux Finances : celle d’un responsable ayant voulu accroître les recettes, discipliner la dépense, investir dans des actifs stratégiques et maintenir une politique prudente d’endettement.
Mais ses explications appellent également une confrontation documentaire des chiffres avancés. Dans le cas de la Kinshasa Arena notamment, la distinction entre coût contractuel, sommes décaissées, préfinancements de l’entreprise et taux réel d’exécution physique est déterminante pour établir précisément les responsabilités.
C’est sur ce terrain que le débat devrait désormais se déplacer : non plus seulement celui des accusations et des déclarations politiques, mais celui de la traçabilité des paiements, des contrats, des avenants et de l’état d’exécution des ouvrages.
La sortie médiatique de Nicolas Kazadi ouvre ainsi un nouveau chapitre dans la bataille autour de l’héritage de sa gestion des finances publiques. Elle lui permet de présenter sa défense, mais elle remet également au centre du débat une exigence fondamentale : faire parler les documents et les chiffres pour établir, projet par projet, ce que l’État congolais a réellement engagé, payé et obtenu.
Belo
