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RDC : Taxi-moto à Kinshasa, Quand La Débrouille Devient Un Véritable Métier Pour Des Milliers De Jeunes.

Kinshasa — Longtemps considéré essentiellement comme une activité de débrouillardise, le métier de conducteur de taxi-moto prend une dimension économique de plus en plus importante à Kinshasa. Derrière chaque moto qui sillonne les artères de la capitale se trouve souvent un jeune qui tente de gagner sa vie, de subvenir aux besoins de sa famille et, parfois, de constituer progressivement son propre capital.


Dans une ville confrontée quotidiennement aux embouteillages, à l’insuffisance du transport collectif et aux difficultés d’accès à certains quartiers, les motocyclistes ont progressivement trouvé leur place dans la chaîne de mobilité.


« Le développement du taxi-moto dans la capitale congolaise comme une activité lucrative s’explique principalement par la forte demande de mobilité des populations, particulièrement dans les zones confrontées aux embouteillages et à l’insuffisance des moyens de transport en commun », explique Bienvenue Kombe, conducteur de taxi-moto.


Un travail qui mérite d’être considéré comme une activité économique


Au-delà du transport des passagers, le phénomène révèle une réalité plus profonde : le taxi-moto constitue aujourd’hui un espace d’auto-emploi pour une partie de la jeunesse kinoise.


Chaque journée de travail permet au conducteur de générer des recettes dont doivent toutefois être retranchées plusieurs charges : carburant, entretien et réparation de la moto, pièces de rechange, taxes et autres dépenses liées à l’exploitation.


Lorsque la moto est acquise dans le cadre d’un système de location ou de versements journaliers au propriétaire, le conducteur doit également honorer ses engagements avant de dégager son revenu personnel.


C’est précisément cette logique économique qui conduit Bienvenue Kombe à considérer le taxi-moto autrement qu’une simple activité de survie.


« Le taxi-moto peut être un business rentable, à condition de le considérer comme une véritable entreprise et non simplement comme une activité de survie », souligne-t-il.


Cette conception suppose une gestion rigoureuse des recettes : distinguer le chiffre d’affaires du bénéfice réel, réserver une partie des revenus à l’entretien de l’engin et, surtout, épargner pour renouveler ou acquérir son propre outil de travail.


Les motocyclistes, acteurs d’une mobilité devenue difficile


L’apport des conducteurs de motos est particulièrement visible dans les zones où les taxis, taxis-bus et autres transports collectifs circulent difficilement.


Ils permettent aux travailleurs de rejoindre leurs lieux de service, aux commerçants d’atteindre rapidement les marchés et aux habitants des quartiers périphériques de rejoindre les grands axes.


Leur développement traduit donc à la fois une opportunité économique et une insuffisance structurelle du système de transport urbain.


À Kinshasa, où les embouteillages peuvent considérablement rallonger les déplacements, la moto apparaît pour certains usagers comme une solution permettant de réduire le temps de trajet.


Professionnaliser plutôt que marginaliser


Cette contribution économique ne doit cependant pas faire oublier les difficultés du secteur. Le non-respect du Code de la route par certains conducteurs, l’absence d’équipements de protection, les accidents, le manque de formation, l’insuffisance d’organisation professionnelle et les conflits liés à certaines mesures réglementaires demeurent des défis majeurs.


L’enjeu pour les pouvoirs publics consiste dès lors à trouver un équilibre entre régulation, sécurité routière et protection de l’activité économique.


Une meilleure identification des conducteurs, leur formation au Code de la route, le port obligatoire du casque, l’organisation des parkings, la clarification des taxes et la structuration des associations professionnelles pourraient contribuer à transformer progressivement le taxi-moto en métier mieux organisé.


Car derrière les désordres parfois reprochés au secteur se trouve également une catégorie de travailleurs qui produit quotidiennement un service dont la ville a besoin.


Du « wewa » au petit entrepreneur


Le véritable changement de regard pourrait commencer ici : considérer le motocycliste non seulement comme un conducteur, mais comme un travailleur indépendant et un potentiel petit entrepreneur.


Avec un meilleur encadrement, certains conducteurs pourraient progressivement passer d’une moto exploitée quotidiennement à l’acquisition de leur propre engin, puis éventuellement investir dans plusieurs motos et créer à leur tour des emplois.


Le taxi-moto montre ainsi comment une activité née en grande partie des difficultés économiques et des déficiences du transport collectif peut devenir un instrument d’auto-emploi.


À Kinshasa, le défi n’est donc plus seulement de contrôler les motocyclistes. Il est aussi de professionnaliser leur métier, sécuriser les usagers et permettre à cette activité de contribuer davantage à l’emploi des jeunes et à l’économie urbaine.


Belo