La situation sécuritaire connaît une nouvelle dégradation dans l’Est de la République démocratique du Congo. Ces derniers jours, plusieurs zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ont été secouées par de nouveaux affrontements impliquant les Forces armées de la RDC (FARDC) et l’AFC/M23.
À Masisi et Walikale, au Nord-Kivu, la reprise des hostilités entraîne de nouveaux mouvements de populations. Des familles quittent leurs villages pour chercher refuge dans des zones considérées comme moins exposées.
Dans le territoire de Walikale, des déplacés ont notamment afflué vers Kyumba et Langira après l’intensification des combats. La situation demeure également préoccupante dans plusieurs secteurs de Masisi.
Fizi également sous pression
La dégradation sécuritaire touche aussi le Sud-Kivu.
Dans le territoire de Fizi, les habitants de Kanguli, Masunga et Nakiehele ont commencé à abandonner leurs localités à la suite de nouveaux affrontements entre les FARDC, appuyées par des groupes Wazalendo, et des éléments de l’AFC/M23-Twirwaneho.
Ces déplacements illustrent une nouvelle fois la vulnérabilité des populations civiles lorsque les lignes de front évoluent.
Derrière chaque position militaire conquise ou perdue se trouvent des familles contraintes d’abandonner leurs habitations, leurs champs et leurs activités économiques.
Diplomatie et réalité militaire
Cette nouvelle séquence intervient alors que plusieurs mécanismes diplomatiques sont engagés pour tenter de ramener la paix dans l’Est du pays.
C’est précisément là que réside l’une des principales contradictions de la crise congolaise : les avancées diplomatiques ne produisent pas encore une stabilisation suffisamment perceptible sur le terrain.
Les déclarations politiques, accords, feuilles de route et mécanismes de suivi n’ont de véritable portée pour les populations que lorsqu’ils se traduisent par une diminution effective des affrontements.
Or, chaque reprise des combats fragilise davantage la confiance placée dans les processus politiques en cours.
Les déplacés, indicateur humain de la guerre
Le nombre de positions occupées par l’un ou l’autre camp ne devrait pas être le seul indicateur permettant d’évaluer la situation.
Il faut également regarder le mouvement des populations.
Lorsqu’un village se vide, que les agriculteurs abandonnent leurs champs, que les enfants quittent leurs écoles et que les familles se déplacent vers des localités déjà fragilisées, la guerre produit des conséquences qui dépassent largement le champ militaire.
Elle détruit progressivement l’économie locale.
Dans ces territoires, le paysan est aussi un travailleur. Son champ constitue son outil de production. Le commerçant dépend des routes et des marchés. L’enseignant, l’infirmier et l’agent public ont besoin d’un minimum de stabilité pour exercer leur métier.
La crise sécuritaire devient donc également une crise du travail et de la production.
La paix devra être mesurée sur le terrain
L’efficacité des différentes initiatives de paix devrait par conséquent être évaluée à partir d’indicateurs simples : les populations peuvent-elles retourner chez elles ? Les routes sont-elles sécurisées ? Les agriculteurs peuvent-ils reprendre leurs activités ? Les écoles et centres de santé fonctionnent-ils normalement ?
La réponse à ces questions permettra de déterminer si la diplomatie produit réellement des résultats.
Les nouveaux affrontements à Masisi, Walikale et Fizi rappellent que la résolution de la crise dans l’Est ne pourra être proclamée uniquement à travers des communiqués diplomatiques.
Tant que des villages continueront de se vider sous la pression des armes, la paix restera davantage une ambition politique qu’une réalité quotidienne.
Le véritable succès des processus diplomatiques commencera lorsque les populations pourront rester chez elles, travailler, produire, circuler et envoyer leurs enfants à l’école sans craindre le prochain affrontement.
Le Travailleur
