À la Minière de Bakwanga (MIBA), la relance industrielle promise par les pouvoirs publics se heurte à une urgence beaucoup plus immédiate : celle du salaire des travailleurs.
Depuis plusieurs semaines, les agents de cette entreprise publique emblématique du Kasaï-Oriental multiplient les actions pour obtenir le paiement de leurs rémunérations.
En août, ils réclamaient huit mois d’arriérés correspondant à la période de janvier à août 2026, en plus d’un passif salarial beaucoup plus ancien.
Sit-in, blocage de l’accès au polygone minier et menace de grève générale ont progressivement placé la question sociale au centre du dossier MIBA.
Des mois sans salaire
Le 11 août, des agents avaient organisé un premier sit-in devant la Direction générale de la société à Mbuji-Mayi.
Trois jours plus tard, le mouvement s’était durci.
Des travailleurs avaient bloqué l’accès au polygone minier de Buzala, brûlant des pneus et installant des barricades pour faire entendre leurs revendications.
Le président du banc syndical de la MIBA, Fébatare Muhammad Ntumba, expliquait alors que les agents réclamaient prioritairement le paiement des huit mois accumulés depuis janvier.
Les travailleurs évoquent parallèlement un lourd passif historique qui dépasserait 200 mois d’arriérés, mais disent avoir provisoirement mis cette ancienne dette de côté afin de privilégier la régularisation des rémunérations courantes.
Un paiement partiel annoncé…
Face à la montée de la contestation, plusieurs annonces ont ensuite évoqué le règlement d’une partie des arriérés.
À l’approche du déplacement du Président Félix Tshisekedi à Mbuji-Mayi, il avait notamment été question du paiement de plusieurs mois de salaire.
Mais cette perspective avait elle-même divisé les travailleurs.
Le Collectif des Enfants MIBA avait contesté une solution consistant à ne payer que quelques mois sur les huit réclamés.
Pour ses responsables, une régularisation partielle pouvait apporter un soulagement immédiat aux familles, mais ne résolvait ni la dette salariale ni le problème structurel de l’entreprise.
…mais l’argent toujours attendu
La situation demeure incertaine.
Selon des informations publiées le 7 septembre, le Collectif des Enfants MIBA affirme que les quatre mois de salaire dont le paiement avait été annoncé ne seraient toujours pas effectivement versés aux bénéficiaires.
Si cette situation se confirme, elle pose un problème qui dépasse le montant des arriérés : celui de la crédibilité des engagements pris envers les travailleurs.
Entre l’annonce politique, le décaissement des fonds, leur transfert et le paiement effectif du salarié, plusieurs étapes doivent être franchies.
Pour le travailleur, cependant, un seul indicateur compte réellement : l’argent est-il disponible sur son compte ou dans le circuit de paiement ?
Tant que cette dernière étape n’est pas accomplie, l’annonce reste une promesse.
La relance industrielle face à l’urgence sociale
Les travailleurs ne réclament d’ailleurs pas uniquement leurs salaires.
Ils demandent également la relance effective de la MIBA.
C’est ici que la crise salariale rejoint la question économique.
Payer quelques mois d’arriérés peut atténuer temporairement la tension. Mais si l’entreprise ne retrouve pas une capacité régulière de production et des revenus suffisants, le même problème risque de réapparaître quelques mois plus tard.
La question essentielle devient donc : la MIBA peut-elle recommencer à financer durablement son fonctionnement et ses salaires grâce à son activité ?
50 millions USD : les travailleurs demandent des comptes
Un autre dossier alimente les interrogations : celui des 50 millions USD annoncés pour accompagner la relance de la MIBA.
Les travailleurs réclament davantage de transparence sur la destination et l’utilisation de ces fonds.
Le sujet mérite une clarification institutionnelle précise.
Il faudra notamment distinguer les montants annoncés, les sommes effectivement décaissées, leurs bénéficiaires, les investissements réalisés et les résultats industriels obtenus.
La transparence sur ces fonds permettrait à la fois de répondre aux travailleurs et d’évaluer objectivement le processus de relance.
Quand le salaire devient une question de dignité
La situation de la MIBA illustre également un problème plus large dans le monde du travail congolais.
Le salaire n’est pas une faveur accordée au travailleur lorsque la trésorerie le permet. Il constitue la contrepartie du travail fourni.
Huit mois sans rémunération régulière signifient des familles incapables de planifier leurs dépenses, des loyers difficiles à payer, des soins reportés et des enfants dont la scolarité peut être compromise.
La crise salariale intervient justement au moment de la rentrée scolaire 2026-2027.
Pour les familles des agents concernés, cette coïncidence rend la situation encore plus difficile.
Le syndicat face à sa responsabilité
La crise met également à l’épreuve la représentation syndicale.
Certains travailleurs contestent les compromis envisagés autour d’un paiement partiel. D’autres privilégient toute solution permettant d’obtenir rapidement une partie des rémunérations dues.
Cette divergence est révélatrice.
Lorsque les arriérés deviennent très importants, la négociation syndicale doit arbitrer entre l’urgence sociale immédiate et l’exigence du paiement intégral des droits acquis.
Mais quelle que soit l’option retenue, une condition demeure : les travailleurs doivent être clairement informés du contenu des accords négociés en leur nom.
Une entreprise ne se relance pas sans ses travailleurs
La MIBA possède un potentiel minier considérable. Son polygone de plus de 45 km² renfermerait près de 66 millions de carats de réserves stratégiques certifiées, selon les données rapportées par Radio Okapi.
Mais les réserves géologiques ne suffisent pas à faire fonctionner une entreprise.
Il faut des équipements, des capitaux, une gouvernance efficace et surtout des femmes et des hommes capables d’assurer quotidiennement la production.
Un plan de relance qui néglige la situation sociale du personnel risque donc de compromettre ses propres objectifs.
La crise de la MIBA ne pourra pas être réglée uniquement par le versement ponctuel de quelques mois d’arriérés.
Le paiement des travailleurs constitue une urgence. Mais la solution durable réside dans la restauration d’une entreprise capable de produire, de vendre, d’investir et de rémunérer régulièrement son personnel.
Après les annonces, les travailleurs attendent désormais les actes.
La véritable relance de la MIBA ne se mesurera ni au nombre de promesses ni aux millions annoncés, mais à la reprise durable de la production et au retour d’un salaire régulier pour ceux qui font vivre l’entreprise.
Belo
