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RDC : 518 Millions USD De Recettes Non Fiscales Non Mobilisés En Cinq Ans, Mais La DGRAD A Presque Doublé Ses Recettes.

Les finances publiques congolaises sont de nouveau confrontées à la question de l’efficacité de la mobilisation des ressources internes.


Selon le Baromètre financier n°4 du Centre de recherches en finances publiques et développement local (CREFDL), consacré aux recettes non fiscales, environ 517,4 millions de dollars américains n’ont pas été mobilisés entre 2021 et 2025 par rapport aux prévisions cumulées.


Sur cette période, les recettes mobilisées par la Direction générale des recettes administratives, judiciaires, domaniales et de participations (DGRAD) se sont établies à 7,740 milliards USD, contre 8,258 milliards USD attendus, soit un taux global de réalisation de 93,72 %.


Le chiffre interpelle. Mais il mérite d’être correctement interprété.


518 millions USD : détournement ou écart de réalisation ?


Parler simplement de « perte » de 518 millions USD pourrait conduire à une interprétation erronée.


Les données du CREFDL établissent avant tout une différence entre les prévisions ou assignations budgétaires et les montants effectivement mobilisés.


Cela ne signifie donc pas, sur la seule base de cette étude, que 518 millions USD existaient dans les caisses publiques avant de disparaître ou qu’ils auraient été détournés.


L’analyse révèle plutôt que l’État n’a pas atteint intégralement ses objectifs cumulés de mobilisation des recettes non fiscales.


Cette distinction est fondamentale pour apprécier correctement la performance de la régie financière.


Des recettes pourtant en forte progression


Le deuxième enseignement du rapport nuance considérablement le premier.


Entre 2021 et 2025, les recettes mobilisées par la DGRAD sont passées de 1,084 milliard USD à 2,042 milliards USD.


Cela représente une progression de 88,26 % en cinq ans.


Autrement dit, malgré l’écart cumulé avec les objectifs budgétaires, la capacité de mobilisation des recettes a fortement progressé.


Le problème réside également dans l’évolution des assignations.


Celles-ci sont passées d’environ 961 millions USD en 2021 à 2,46 milliards USD en 2025. Les objectifs ont donc augmenté beaucoup plus rapidement.


La performance de la DGRAD doit ainsi être examinée sous deux angles : une mobilisation qui progresse fortement, mais des objectifs budgétaires dont la croissance rend leur réalisation de plus en plus difficile.


Des administrations particulièrement faibles


Le CREFDL pointe néanmoins plusieurs dysfonctionnements.


Le Tourisme et la Police nationale congolaise figurent parmi les secteurs dont les recettes n’ont pas atteint 50 % des assignations annuelles depuis 2021.


Pour le premier semestre 2026, le cas de la Police est particulièrement révélateur : sur une prévision linéaire de 62,23 millions USD, les réalisations n’atteindraient que 9,88 millions USD, soit 31,76 %.


Le rapport relève également des divergences entre les chiffres communiqués par certains services d’assiette et ceux enregistrés par la DGRAD.


Ces écarts soulèvent une autre question : celle de la fiabilité et de la conciliation des données utilisées pour piloter les finances publiques.


Recettes consommées à la source et contrôles insuffisants


L’analyse du CREFDL va plus loin.


Elle identifie notamment la faiblesse des missions de contrôle et de recouvrement en provinces, le manque de collaboration entre administrations, des prévisions parfois déconnectées des réalités du terrain et certaines pratiques de consommation des recettes à la source.


L’organisation recommande notamment de poursuivre l’informatisation de la chaîne de la recette à travers LOGIRAD, de renforcer les capacités des agents taxateurs, d’intensifier les contrôles et d’organiser régulièrement des réunions de conciliation des chiffres entre la DGRAD et les différents services d’assiette.


La DGRAD présente aussi ses explications


L’analyse ne serait toutefois pas complète sans prendre en considération les facteurs avancés par la DGRAD elle-même.


Concernant l’exercice 2025, son directeur général, Étienne Utshudi, avait notamment évoqué la baisse du cours et de la production du pétrole, les perturbations liées aux exportations de cobalt ainsi que les effets de l’appréciation du franc congolais sur certaines recettes.


La régie avait également dénoncé la multiplication de fonds spéciaux alimentés par certaines recettes non fiscales qui échappent progressivement à son périmètre traditionnel de mobilisation.


Ces éléments montrent que toute contre-performance ne peut être automatiquement attribuée à une mauvaise gestion interne de la DGRAD.


Et 2026 montre déjà un autre visage


Un élément mérite particulièrement l’attention.


Selon les données citées par le CREFDL, au premier semestre 2026, la DGRAD aurait dépassé ses assignations linéaires.


Pour des prévisions de 909 millions USD, elle aurait mobilisé environ 1,098 milliard USD, correspondant à un taux de réalisation de près de 120 %.


Cette performance montre que la photographie des années 2021-2025 ne suffit pas à elle seule pour apprécier la dynamique actuelle de la régie.


Le véritable enjeu : transformer les recettes en développement


La question dépasse cependant la seule performance comptable de la DGRAD.


Une régie financière peut mobiliser davantage de recettes chaque année sans que le citoyen ressente automatiquement une amélioration de ses conditions de vie.


La véritable interrogation est donc celle de l’utilisation des ressources collectées.


À quoi servent les milliards mobilisés ?


Combien sont effectivement consacrés aux routes de desserte agricole, aux écoles, aux hôpitaux, à l’eau, à l’électricité, à la rémunération des agents publics et aux infrastructures productives ?


L’amélioration de la mobilisation des recettes doit avoir une finalité : augmenter la capacité de l’État à fournir des services publics et financer le développement.


Les 518 millions USD relevés par le CREFDL constituent un signal d’alerte, mais ils ne doivent pas masquer la progression de 88,26 % des recettes mobilisées entre 2021 et 2025.


Le défi consiste désormais à rendre les prévisions plus réalistes, fermer les circuits de coulage des recettes, harmoniser les statistiques des administrations et renforcer le contrôle.


Mais la performance ultime ne se mesurera pas uniquement au montant encaissé par la DGRAD.


Pour le Congolais, une recette publique ne devient véritablement une richesse nationale que lorsqu’elle revient à la population sous forme de routes, d’écoles, d’emplois, de soins, d’électricité et de services publics efficaces.


Le Travailleur