À mesure que l’élection présidentielle française de 2027 approche, les lignes politiques commencent à se durcir. Ségolène Royal, ancienne candidate à l’Élysée en 2007 et désormais engagée dans la primaire socialiste, vient de préciser l’une des orientations centrales de sa stratégie : pas d’alliance électorale avec les macronistes, mais la recherche d’une union de la gauche.
Interrogée sur BFMTV, l’ancienne ministre a résumé son positionnement par une formule sans ambiguïté : « Le centre, c’est la droite. » Elle en déduit qu’une alliance avec le centre reviendrait, selon elle, à conclure une alliance avec la droite, hypothèse à laquelle elle refuse de participer. Son objectif affiché est plutôt de créer une dynamique permettant le rassemblement des électeurs de gauche au second tour.
Cette prise de position intervient alors que la présidentielle de 2027 pousse chaque famille politique française à résoudre une équation difficile : se rassembler suffisamment pour accéder au second tour sans perdre son identité.
Royal tente de réinstaller une frontière gauche-droite
La déclaration de Ségolène Royal n’est pas seulement dirigée contre Emmanuel Macron et son héritage politique.
Elle constitue aussi une réponse au débat qui traverse actuellement la gauche française : jusqu’où faut-il élargir une coalition susceptible de faire obstacle au Rassemblement national ?
En refusant d’intégrer les macronistes à son projet de rassemblement, Royal défend une lecture classique de la confrontation politique. Elle cherche à reconstruire une frontière entre la gauche et un bloc central qu’elle range désormais clairement à droite.
Cette stratégie la distingue de ceux qui pourraient être tentés par une coalition beaucoup plus large allant de la gauche modérée au centre pour faire barrage au RN.
Une gauche toujours fragmentée
Le problème reste toutefois entier : quelle gauche Ségolène Royal veut-elle réellement réunir ?
La gauche française demeure divisée entre socialistes, écologistes, La France insoumise et différentes sensibilités sociales-démocrates. Les divergences concernent aussi bien l’économie que l’Europe, les retraites, la politique internationale ou la stratégie à adopter face à Jean-Luc Mélenchon.
Royal s’inscrit actuellement dans le processus de primaire socialiste. Sa candidature s’ajoute à celles ou ambitions qui structurent déjà cet espace politique.
Elle avait annoncé dès juillet son intention de participer à la compétition et affirme désormais disposer des parrainages nécessaires.
La difficulté consistera donc à transformer une victoire éventuelle dans une primaire en capacité réelle de rassemblement au-delà du Parti socialiste.
La question Mélenchon en arrière-plan
L’équation devient encore plus délicate lorsqu’apparaît le nom de Jean-Luc Mélenchon.
Royal défend le principe d’une union de la gauche, mais cela ne signifie pas automatiquement une alliance politique sans conditions avec La France insoumise.
C’est l’une des contradictions que ses adversaires chercheront probablement à exploiter : refuser le centre est relativement simple ; parvenir à réunir toutes les composantes de la gauche autour d’un même programme l’est beaucoup moins.
Le paysage politique actuel rend pourtant cette question incontournable.
À huit mois de la présidentielle, le RN demeure en position de force dans les enquêtes d’opinion tandis que Jean-Luc Mélenchon conserve une capacité importante de mobilisation. Le Monde observe que le centre et les formations traditionnelles restent fragmentés, au point que l’hypothèse d’un second tour fortement polarisé préoccupe leurs responsables.
À droite et au centre aussi, la recherche d’un candidat commun
La fragmentation ne concerne d’ailleurs pas uniquement la gauche.
À droite et dans le bloc central, l’hypothèse d’une primaire ou d’un autre mécanisme de désignation d’un candidat commun continue également d’alimenter les discussions.
Les noms d’Édouard Philippe, Gabriel Attal et Bruno Retailleau figurent parmi ceux qui structurent cette compétition. Mais aucun mécanisme commun n’est encore parvenu à faire consensus.
La présidentielle française pourrait ainsi progressivement s’organiser autour de trois grandes batailles préalables : qui représentera la gauche, qui représentera le centre et la droite traditionnelle, et quelle place occupera le Rassemblement national dans le rapport de forces final ?
Royal veut aussi remettre le social au centre
L’ancienne ministre ne limite cependant pas son retour à la seule stratégie électorale.
Ce mardi 8 septembre, sur Sud Radio, elle a fortement attaqué le bilan économique du gouvernement, particulièrement sur le pouvoir d’achat et l’énergie. Elle réclame notamment une baisse des taxes énergétiques et dénonce les difficultés rencontrées par les petits commerces, artisans et entreprises confrontés à leurs factures d’électricité.
Elle propose également une forme de « péréquation » tarifaire entre produits locaux et importés dans les grandes surfaces afin d’améliorer la rémunération des agriculteurs français.
Ces propositions montrent la stratégie qu’elle semble vouloir construire : combiner rassemblement politique de la gauche et retour sur les préoccupations sociales, notamment le pouvoir d’achat, l’emploi, l’énergie et les services publics.
Une stratégie risquée
En rejetant explicitement toute alliance avec le camp macroniste, Ségolène Royal gagne en lisibilité politique, mais réduit également son espace potentiel de coalition.
Son pari consiste à considérer qu’une gauche clairement identifiée peut retrouver suffisamment d’électeurs populaires pour accéder au second tour sans devoir construire au préalable une alliance avec le centre.
Le résultat de la primaire constituera un premier test.
Mais même en cas de victoire, il resterait à convaincre les autres composantes de la gauche et, surtout, leurs électeurs.
Conclusion
À huit mois de la présidentielle française, Ségolène Royal cherche donc à réinstaller une logique politique simple : la gauche avec la gauche, le centre avec la droite.
Cette clarification peut séduire des électeurs qui reprochent aux alliances de circonstance d’avoir brouillé les identités politiques. Elle peut aussi compliquer la constitution d’un front électoral suffisamment large face au Rassemblement national.
La question centrale reste dès lors entière : l’union de la gauche que Ségolène Royal appelle de ses vœux peut-elle réellement se construire autour d’un programme commun, ou restera-t-elle un slogan confronté aux profondes divisions de ses différentes composantes ?
La réponse déterminera largement la place que l’ancienne finaliste de 2007 pourra occuper dans la bataille présidentielle de 2027.
Le Travailleur
