La République démocratique du Congo compte au moins 23 millions de personnes ne sachant ni lire ni écrire, soit un taux d’analphabétisme estimé à près de 20 %. Ces chiffres ont été présentés par la ministre d’État en charge des Affaires sociales, Ève Bazaiba, à l’occasion de la Journée internationale de l’alphabétisation.
Au-delà des statistiques, cette situation met en évidence un défi majeur pour le développement du pays. Ne pas savoir lire, écrire ou effectuer des opérations élémentaires de calcul réduit en effet les possibilités d’accès à l’emploi, à la formation professionnelle, à l’information et à certains services publics.
Les conflits aggravent les inégalités éducatives
Pour le gouvernement, plusieurs facteurs expliquent la persistance de l’analphabétisme. Les conflits armés, particulièrement dans l’Est du pays, figurent parmi les principales causes, auxquels s’ajoutent les crises sanitaires, la pauvreté et les catastrophes liées aux dérèglements climatiques.
Ces phénomènes provoquent des déplacements de populations et désorganisent durablement les parcours scolaires.
« Arrachées de leur cadre de vie habituel, les personnes déplacées internes et les réfugiés subissent des conditions d’existence particulièrement précaires qui compromettent durablement leur accès à l’éducation », a souligné Ève Bazaiba.
Les enfants déscolarisés ne sont pas les seuls concernés. Des adolescents et des adultes déplacés peuvent également se retrouver durablement éloignés des structures d’alphabétisation et de formation, accentuant leur vulnérabilité économique et sociale.
Rattrapage scolaire et alphabétisation des adultes
Face à cette situation, le gouvernement annonce le renforcement des programmes de rattrapage scolaire et d’alphabétisation, en collaboration avec les différents acteurs du secteur.
Les mesures envisagées comprennent notamment l’actualisation des programmes, la production de supports pédagogiques et andragogiques adaptés ainsi que la professionnalisation des éducateurs sociaux.
L’objectif est également de rapprocher l’alphabétisation de la formation professionnelle. Car apprendre à lire et à écrire constitue une première étape ; encore faut-il que ces acquis permettent aux bénéficiaires d’améliorer leurs compétences, d’accéder à une activité génératrice de revenus et de participer davantage à la vie économique.
De l’alphabétisation à l’autonomie économique
C’est précisément sur ce terrain que se jouera l’efficacité des politiques publiques. Avec 23 millions de personnes concernées, l’analphabétisme ne peut plus être considéré uniquement comme une question relevant du secteur éducatif ou social.
Il constitue également un problème de productivité, d’emploi et d’inclusion économique.
Un travailleur qui maîtrise difficilement la lecture peut rencontrer davantage d’obstacles pour comprendre un contrat, une consigne de sécurité, utiliser certains outils numériques ou suivre une formation professionnelle. Pour un petit commerçant ou un agriculteur, les difficultés peuvent concerner la tenue des comptes, l’accès au crédit, la compréhension des prix ou l’utilisation des services financiers numériques.
La lutte contre l’analphabétisme devrait donc être articulée aux politiques d’emploi, de formation professionnelle, d’entrepreneuriat et de développement rural.
Un défi pour l’ODD 4
La Journée internationale de l’alphabétisation rappelle également les engagements internationaux de la RDC, notamment ceux inscrits dans l’Agenda 2030 des Nations unies et l’Objectif de développement durable n°4, qui vise une éducation inclusive, équitable et de qualité ainsi que des possibilités d’apprentissage tout au long de la vie.
Pour la RDC, l’enjeu consiste désormais à transformer les programmes annoncés en résultats mesurables : davantage de centres accessibles, des éducateurs suffisamment formés, des financements durables et des dispositifs spécifiques dans les zones rurales, les territoires affectés par les conflits et les sites accueillant des déplacés.
Avec près d’un cinquième de sa population confronté à l’analphabétisme, la RDC fait face à un défi qui dépasse largement la salle de classe. Apprendre à lire et à écrire, c’est aussi donner à des millions de Congolais les moyens de travailler, de comprendre leurs droits, d’accéder au numérique et de participer pleinement au développement du pays.
Le Travailleur
