À Manono, dans la province du Tanganyika, la tension sociale est montée d’un cran ce mercredi 9 septembre 2026. Des chauffeurs de poids lourds employés par Manono Lithium SAS ont bloqué l’axe routier Manono-Kanteba pour faire entendre des revendications qu’ils affirment porter depuis plusieurs mois.
Pneus brûlés et barricades de fortune ont perturbé la circulation pendant plusieurs heures. Derrière cette démonstration de colère se trouve avant tout une question sociale : les travailleurs dénoncent la faiblesse de leurs rémunérations et réclament une revalorisation salariale ainsi qu’une amélioration de leurs conditions de travail.
Des revendications qui ne dateraient pas d’aujourd’hui
Selon Dieumerci Kabila, représentant de la société civile et journaliste à la Radio Télévision Trait Union de Manono, les préoccupations exprimées mercredi auraient déjà été portées à la connaissance des autorités à plusieurs reprises.
« Les agents ont toujours posé ces problèmes lors du passage des autorités provinciales et territoriales. Ils ont toujours revendiqué leurs droits, notamment concernant leurs conditions de travail et leur rémunération. Jusqu’à présent, ils estiment ne pas avoir obtenu de réponse satisfaisante. C’est ce qui explique cette nouvelle mobilisation aujourd’hui », explique-t-il.
Si cette version est confirmée, la manifestation ne devrait donc pas être considérée uniquement sous l’angle du blocage de la circulation. Elle traduit également un malaise social qui appelle une réponse structurée de l’employeur et des pouvoirs publics.
Le travailleur ne peut être le maillon faible de l’exploitation minière
Dans une zone appelée à jouer un rôle important dans l’exploitation des ressources minières, notamment du lithium, la question des conditions accordées aux travailleurs locaux mérite une attention particulière.
L’investissement minier ne peut produire un développement durable lorsque les travailleurs qui assurent quotidiennement le transport, la logistique et le fonctionnement des activités économiques considèrent que leur rémunération ne correspond pas à leurs efforts ou à leurs conditions de travail.
Cela ne signifie pas que toute revendication formulée par les grévistes doit automatiquement être considérée comme acquise. La direction de Manono Lithium doit pouvoir exposer sa position, ses contraintes et les conditions contractuelles applicables. Mais les travailleurs doivent, eux aussi, disposer d’un cadre où leurs revendications sont effectivement examinées et où des réponses précises leur sont données.
Le dialogue social ne devrait pas commencer lorsque les pneus brûlent sur la route. Il doit fonctionner suffisamment tôt pour empêcher qu’un différend professionnel ne se transforme en crise.
Les autorités appelées à garantir une médiation équitable
L’implication des autorités locales constitue à ce titre une étape importante. Les discussions en cours entre les représentants des chauffeurs, la direction de Manono Lithium SAS et les autorités devraient permettre d’établir clairement les revendications, d’examiner les rémunérations et les conditions de travail et, si nécessaire, de convenir d’un calendrier d’engagements vérifiables.
La recherche d’une solution ne devrait cependant pas consister uniquement à obtenir la levée des barricades. Rétablir la circulation sans traiter les causes du mécontentement ne ferait que reporter le problème.
La priorité devrait être d’aboutir à un compromis respectueux des droits des travailleurs, des obligations de l’employeur et de la nécessité de préserver l’activité économique.
Aucun incident majeur ni aucune interpellation n’étaient signalés au moment des discussions. Un retour progressif au calme était également observé sur l’axe Manono-Kanteba.
Cette accalmie offre désormais une occasion aux différentes parties : transformer la confrontation en négociation. Car dans le secteur minier comme ailleurs, la richesse produite n’a pleinement de sens que lorsque le travail qui la rend possible est reconnu, protégé et justement rémunéré.
Le Travailleur
