La République démocratique du Congo veut mieux articuler sa production agricole avec les opportunités offertes par les marchés internationaux. Une réunion technique réunissant le ministre d’État chargé de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi Butondo, et le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, s’est tenue mercredi 9 septembre à Kinshasa.
Autour des deux membres du Gouvernement se trouvaient plusieurs services intervenant dans la chaîne agricole et commerciale, notamment l’Office national des produits agricoles du Congo (ONAPAC), l’Office congolais de contrôle (OCC), l’Agence nationale de promotion des exportations (ANAPEX) et le Service national des semences.
Des marchés existent, encore faut-il pouvoir les approvisionner
L’ambition gouvernementale est de rapprocher deux politiques qui ne peuvent plus fonctionner séparément : d’un côté, produire davantage ; de l’autre, identifier les marchés capables d’absorber cette production.
Les discussions ont ainsi porté sur les possibilités offertes aux produits congolais par différents partenaires commerciaux, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni, la Chine et l’Union européenne.
Mais accéder à ces marchés exige davantage qu’une production abondante. Les produits doivent répondre aux normes de qualité, aux exigences sanitaires et phytosanitaires, disposer des certifications nécessaires et être livrés en quantité suffisante et de manière régulière.
C’est précisément à ce niveau que se situe l’un des principaux défis de l’agriculture congolaise.
Éviter que les récoltes pourrissent chez les producteurs
Julien Paluku a résumé l’enjeu en avertissant que, faute de coordination administrative et technique, « les récoltes risquent de pourrir chez les producteurs », même lorsque des débouchés internationaux existent.
Cette observation touche directement au quotidien du travailleur agricole.
Car produire sans pouvoir écouler sa récolte signifie perdre le fruit de plusieurs mois de travail. Pour un petit exploitant, une coopérative ou une famille vivant de l’agriculture, l’absence de débouchés peut entraîner une perte de revenus, l’endettement et, finalement, le découragement.
L’ouverture des marchés internationaux n’aura donc de véritable portée sociale que si elle améliore concrètement le revenu du producteur.
Du champ à l’emploi
Pour Le Travailleur, la question mérite d’être poussée plus loin : combien d’emplois la nouvelle politique agricole et commerciale peut-elle réellement créer ?
Une filière agricole organisée ne fait pas vivre uniquement celui qui cultive la terre. Elle mobilise des travailleurs dans la production des semences, la récolte, le stockage, la transformation, le conditionnement, le contrôle de qualité, le transport, la logistique et la commercialisation.
C’est donc toute une chaîne de métiers qui peut se développer autour d’une agriculture tournée à la fois vers le marché national et vers l’exportation.
La politique commerciale peut ainsi devenir un instrument de création d’emplois, à condition que la RDC ne se contente pas d’exporter des produits agricoles bruts.
Transformer avant d’exporter
C’est ici que se situe un autre enjeu majeur.
Exporter du cacao, du café ou d’autres produits agricoles à l’état brut permet certes de générer des recettes. Mais transformer une partie croissante de ces produits en RDC permettrait de conserver davantage de valeur ajoutée dans le pays.
Une telle orientation pourrait favoriser l’installation d’unités de transformation, créer des emplois industriels et techniques et offrir de nouveaux débouchés aux producteurs.
Le ministère du Commerce extérieur présente d’ailleurs sa politique actuelle comme devant contribuer à une économie plus productive et créatrice d’emplois, tout en protégeant certaines productions locales.
Une coordination appelée à devenir permanente
Agriculture et Commerce extérieur ont décidé d’organiser désormais une réunion technique bimensuelle entre leurs services. Une évaluation interministérielle trimestrielle est également prévue pour mesurer les résultats des politiques mises en œuvre.
Le ministère de l’Agriculture devra notamment travailler à une production continue répondant aux exigences de quantité et de qualité, tandis que le Commerce extérieur prévoit de mettre à disposition des opérateurs les informations relatives aux conditions d’accès aux différents marchés.
Le producteur doit être le premier bénéficiaire
La nouvelle coordination entre Agriculture et Commerce extérieur constitue une orientation pertinente. Mais son succès ne se mesurera pas seulement au nombre d’accords commerciaux conclus ni au volume des exportations.
Il devra aussi se mesurer au revenu supplémentaire obtenu par le cultivateur, au nombre d’emplois créés, aux unités de transformation installées et à l’amélioration des conditions de vie dans les zones de production.
La « revanche du sol sur le sous-sol » souvent évoquée par les autorités ne pourra véritablement prendre corps que lorsque travailler la terre permettra à des millions de Congolais de vivre dignement de leur activité.
Le Travailleur
