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Au Ministère De L’Emploi, Ferdinand Massamba Face à L’épreuve Du Travail Décent.

Il occupe probablement l’un des portefeuilles ministériels les plus directement liés à la raison d’être de notre journal. Ferdinand Massamba Wa Massamba, ministre de l’Emploi et du Travail, a la responsabilité d’un secteur où se rencontrent les grandes préoccupations quotidiennes des Congolais : trouver un emploi, obtenir un contrat, percevoir un salaire décent, travailler dans de bonnes conditions et bénéficier de la protection prévue par la législation sociale.


Entré à la tête de ce ministère le 12 août 2025, Ferdinand Massamba vient de franchir le cap d’une année aux commandes du secteur. Le ministère présente cette première année comme marquée notamment par des descentes dans les entreprises et milieux professionnels, la digitalisation de certains services et le renforcement des mécanismes de contrôle. 


Mais pour Le Travailleur, un ministère portant un tel intitulé ne peut être évalué seulement au nombre d’activités réalisées. Son véritable bilan doit se mesurer à la situation concrète du travailleur congolais.


1,8 million d’emplois : un chiffre qui interpelle


Cette semaine, Ferdinand Massamba s’est soumis à l’exercice de redevabilité consacré à la première année du Gouvernement Suminwa II.


Le ministre affirme que la RDC a enregistré plus de 1,8 million d’emplois rémunérés en 2025. Il indique également que le nombre global d’emplois serait passé de 27,164 millions en 2021 à 30,374 millions en 2023, soit une progression de plus de 3,2 millions. 


Ces chiffres sont importants. Ils appellent cependant une lecture approfondie.


Pour un journal consacré au monde du travail, la question ne peut pas s’arrêter à : combien d’emplois ?


Il faut également demander : quels emplois ? Dans quels secteurs ? Combien sont formels ? Combien sont permanents ? Quelle rémunération offrent-ils ? Combien donnent effectivement accès à la protection sociale ?


La quantité d’emplois constitue un indicateur. La qualité de l’emploi en constitue un autre, tout aussi essentiel.


Le travail décent comme ligne affichée


Sur ce point, Ferdinand Massamba lui-même place le travail décent au centre de son discours.


Lors de son exercice de redevabilité, il a notamment évoqué l’application du Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG), la promotion des contrats de travail à durée indéterminée et l’harmonisation des conditions de travail.


Sa formule résume l’ambition affichée :


« Le Congolais qui travaille doit pouvoir bénéficier d’un emploi décent. » 


Car avoir un emploi ne signifie pas nécessairement sortir de la précarité. Un travailleur sous-payé, sans contrat sécurisé, sans couverture sociale ou exposé à des conditions dangereuses demeure vulnérable même lorsqu’il est comptabilisé parmi les personnes occupées.


Le SMIG : du texte à la fiche de paie


C’est précisément ici que Ferdinand Massamba sera attendu.


L’application effective du SMIG constitue l’un des principaux tests de la politique du ministère.


Le défi ne consiste pas uniquement à fixer ou rappeler un salaire minimum. Il faut pouvoir s’assurer que les entreprises concernées l’appliquent réellement.


Cela suppose une Inspection du travail suffisamment présente et efficace, notamment dans les entreprises où les travailleurs disposent de peu de moyens pour défendre individuellement leurs droits.


La question est encore plus importante dans les secteurs où dominent la sous-traitance, les contrats précaires ou les relations professionnelles insuffisamment formalisées.


MIKUBA : rapprocher l’offre et la demande


Une autre réforme portée sous Ferdinand Massamba concerne la modernisation de l’Office national de l’emploi (ONEM).


En juillet 2026, le ministre a lancé la nouvelle plateforme numérique de l’ONEM ainsi que l’application MIKUBA by ONEM.


Le dispositif doit permettre l’enregistrement des demandeurs d’emploi, la centralisation des offres, la constitution d’une base nationale des compétences, la mise en relation avec les employeurs et le suivi des recrutements. 


L’objectif annoncé est particulièrement intéressant : réduire le poids des relations personnelles dans l’accès à l’information sur l’emploi.


Ferdinand Massamba défend le principe selon lequel chaque Congolais devrait pouvoir accéder aux mêmes offres et faire valoir ses compétences indépendamment de son origine, de son statut social ou de son réseau relationnel. 


C’est une ambition importante dans un environnement où de nombreux jeunes ont le sentiment qu’un diplôme et des compétences ne suffisent pas toujours pour accéder à l’emploi.


Formation et emploi doivent se rencontrer


Le ministre travaille également avec le ministère de la Formation professionnelle sur la certification des titres professionnels et l’employabilité des jeunes.


En mai dernier, Ferdinand Massamba et le ministre d’État chargé de la Formation professionnelle, Marc Ekila Likombo, avaient engagé une collaboration destinée à rapprocher la reconnaissance des compétences professionnelles des besoins du marché de l’emploi. 


C’est un chantier essentiel.


Former des milliers de jeunes dans des filières qui offrent peu de débouchés conduit à reproduire le chômage des diplômés. À l’inverse, identifier les compétences recherchées par les entreprises permettrait d’orienter davantage les formations vers les métiers réellement demandés.


L’inclusion comme autre chantier


Ferdinand Massamba met également en avant l’insertion professionnelle des personnes vivant avec handicap.


Selon les chiffres qu’il a présentés, certains recrutements auraient atteint 10 % de personnes vivant avec handicap, soit davantage que le quota légal de 5 % auquel il fait référence. 


Là encore, la politique mérite d’être poursuivie et documentée : l’inclusion ne doit pas seulement être une statistique ponctuelle, mais devenir une pratique durable du marché de l’emploi.


Un ministre attendu sur le terrain social


Le bilan présenté par Ferdinand Massamba intervient cependant dans un contexte où plusieurs tensions sociales persistent.


Des travailleurs continuent de dénoncer de faibles rémunérations, des conditions de travail difficiles ou des conflits avec leurs employeurs. Les revendications syndicales et la précarité de certaines catégories professionnelles rappellent que la bataille pour le travail décent est loin d’être achevée.


Non pas pour dresser un portrait de circonstance d’un membre du Gouvernement, mais parce que les responsabilités attachées à son ministère touchent directement à la dignité du travailleur.


Les chiffres devront rencontrer la réalité


Les 1,8 million d’emplois rémunérés enregistrés en 2025, les outils numériques de l’ONEM, l’application du SMIG, la promotion du CDI et les actions en faveur de l’inclusion constituent les principaux éléments que Ferdinand Massamba met aujourd’hui en avant. 


La prochaine étape est celle de l’évaluation.


Combien de ces emplois sont durables ? Combien permettent réellement de vivre dignement ? Le SMIG est-il respecté dans les entreprises ? Les inspections produisent-elles des sanctions lorsque la législation sociale est violée ? MIKUBA débouche-t-il effectivement sur des recrutements ?


C’est sur ces résultats concrets que l’action du ministre de l’Emploi et du Travail devra finalement être jugée.


La meilleure politique de l’emploi est celle dont le travailleur peut constater les effets dans son contrat, sur sa fiche de paie et dans ses conditions de travail.


Le Travailleur