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ÉLECTRICITÉ : KINSHASA SOUS PRESSION, LE DÉLESTAGE DEVIENT UN FREIN AU DÉVELOPPEMENT.

À Kinshasa, les coupures prolongées d’électricité perturbent ménages et activités économiques. La SNEL invoque l’étiage et des contraintes techniques, mais la crise révèle aussi des faiblesses structurelles.


La situation de l’électricité à Kinshasa devient de plus en plus préoccupante. Dans plusieurs quartiers de la capitale congolaise, les habitants font face à des coupures prolongées et à une fourniture devenue irrégulière. Des témoignages font même état, dans certains secteurs, d’un retour du courant pendant quelques heures seulement, parfois tard dans la nuit.


Si ces horaires précis ne sont pas documentés de manière uniforme pour l’ensemble de la capitale, la réalité du délestage est, elle, reconnue par la Société nationale d’électricité (SNEL).


L’étiage au cœur des difficultés actuelles


Le 16 septembre, la SNEL a expliqué que les perturbations étaient notamment liées au faible niveau des eaux alimentant les installations hydroélectriques. L’entreprise a également signalé la présence de troncs d’arbres et d’autres objets charriés par le fleuve Congo, susceptibles de perturber le fonctionnement des turbines. Elle annonçait alors une amélioration attendue dans un délai de deux à trois semaines avec le retour des pluies et la remontée des eaux.


Zéphyrin Kazadi, directeur du Département de distribution de Kinshasa, a également expliqué que la baisse saisonnière du débit de l’Inkisi réduisait la puissance disponible. Selon les informations rapportées après son intervention, les rotations de délestage pouvaient atteindre environ huit heures dans certains secteurs de la capitale.


L’ampleur du déficit permet de mieux comprendre la tension actuelle. D’après des chiffres communiqués par le même responsable de la SNEL et rapportés par Bankable, les besoins de Kinshasa seraient d’environ 800 MW, tandis qu’entre 480 et 500 MW seraient temporairement indisponibles au niveau des installations d’Inga.


Une crise qui dépasse cependant la saison sèche


L’étiage peut expliquer l’aggravation actuelle, mais il ne suffit pas à expliquer la fragilité persistante du système électrique congolais.


La Banque mondiale relève des problèmes plus profonds : vieillissement des infrastructures, insuffisance des investissements et de la maintenance, difficultés financières de la SNEL et faible fiabilité du service. Selon son diagnostic sectoriel publié en 2026, la RDC dispose d’environ 3 067 MW de capacité installée, mais seulement quelque 70 % seraient disponibles. Le pays reste en outre extrêmement dépendant de l’hydroélectricité, qui représente environ 99 % de sa production.


Cette dépendance rend le système particulièrement vulnérable aux variations hydrologiques et aux défaillances des grandes infrastructures.


Le problème de Kinshasa apparaît donc à la fois conjoncturel et structurel : l’étiage réduit actuellement la production, tandis que l’insuffisance des capacités disponibles, la vétusté d’une partie du réseau et le déficit d’investissement limitent la marge de manœuvre lorsque survient une perturbation.


Le délestage a un coût économique


Pour une métropole comme Kinshasa, l’électricité n’est plus seulement une question de confort domestique.


Une alimentation irrégulière affecte les ateliers, commerces, chambres froides, restaurants, imprimeries, boulangeries, structures sanitaires et petites entreprises. Elle oblige ceux qui en ont les moyens à recourir aux groupes électrogènes, au carburant, aux batteries ou aux installations solaires.


Le coût de l’électricité défaillante est alors transféré vers les ménages et les entreprises : hausse des dépenses énergétiques, ralentissement de la production, détérioration de produits conservés au froid et perte de compétitivité.


Des projets existent, mais l’urgence reste le service quotidien


En mai 2026, le gouvernement avait présenté devant l’Assemblée nationale une stratégie reposant notamment sur la réhabilitation ou le développement de Kakobola, Katende et Inga 3. Il avait également évoqué la modernisation des réseaux de transport et de distribution ainsi qu’un plan d’assainissement du réseau SNEL à Kinshasa destiné à réduire les délestages.


Ces investissements sont nécessaires, mais leurs effets devront être mesurés à l’aune d’un indicateur simple : combien d’heures d’électricité fiable les ménages et les entreprises reçoivent-ils réellement chaque jour ?


Conclusion : passer de la gestion de la pénurie à la sécurité énergétique


La crise actuelle devrait servir d’avertissement. Une capitale de plusieurs millions d’habitants ne peut durablement organiser son économie autour d’horaires incertains de fourniture électrique.


L’amélioration annoncée avec le retour des pluies pourrait apporter un soulagement. Elle ne résoudra cependant pas, à elle seule, les faiblesses structurelles du secteur.


La réponse durable passe par la réhabilitation des groupes existants, la modernisation des réseaux de transport et de distribution, une meilleure maintenance, la diversification des sources de production et des investissements capables d’accompagner l’augmentation de la demande.


Le véritable défi n’est donc plus seulement de savoir quand le courant reviendra dans les quartiers de Kinshasa. Il est de savoir quand la RDC parviendra à transformer son immense potentiel énergétique en une électricité régulière, accessible et suffisamment fiable pour soutenir son développement.