Le drame aérien survenu vendredi 25 septembre 2026 à Kenge, chef-lieu de la province du Kwango, soulève de nouvelles interrogations sur la sécurité du transport aérien en République démocratique du Congo.
L’appareil impliqué a été identifié comme un Let L-410UVP immatriculé 9S-GUC, exploité par Tracep Congo Aviation. Il effectuait une liaison entre Kikwit et Kinshasa lorsqu’il s’est écrasé à Kenge. L’Agence congolaise de presse a d’abord fait état de 13 morts, tandis que des informations ultérieures ont fait apparaître des divergences sur le nombre exact de personnes présentes à bord.
Un avion de 1983, et non de 1970
Une information largement relayée après l’accident affirme que l’appareil aurait été construit en 1970 et aurait ainsi 56 ans. Les données disponibles ne confirment pas cette affirmation.
Le Let L-410 est un modèle dont le premier vol remonte à 1969 et dont la mise en service a commencé au début des années 1970. Environ 1 100 exemplaires ont été produits. Mais cela ne signifie pas que l’avion de Kenge datait de cette époque.
Les registres aéronautiques consultés identifient le 9S-GUC sous le numéro de série 831110 et situent sa fabrication en 1983. L’appareil avait donc environ 43 ans, ce qui reste un âge important pour un avion commercial, mais très éloigné des 56 ans évoqués sur les réseaux sociaux.
Le L-410 est un petit bimoteur turbopropulsé conçu notamment pour les liaisons régionales et capable d’opérer sur des pistes relativement courtes. Selon les variantes, il peut accueillir jusqu’à une vingtaine de personnes. Les performances exactes varient également selon la version et sa configuration.
L’âge suffit-il à condamner un avion ?
C’est ici que le débat doit être nuancé. Un avion ancien n’est pas automatiquement un avion dangereux.
Dans l’aviation, l’âge chronologique n’est qu’un indicateur parmi d’autres. Les cycles de décollage et d’atterrissage, les heures de vol, la corrosion, la fatigue structurale, le remplacement des pièces, les révisions des moteurs et le respect du programme de maintenance sont déterminants.
La véritable question posée par le crash de Kenge est donc moins : « Quel âge avait cet avion ? » que : « Quel était son état réel de navigabilité avant son dernier vol ? »
Cette interrogation ne peut actuellement recevoir de réponse définitive.
Le Bureau permanent d’enquêtes d’accidents et incidents d’aviation (BPEA) a annoncé l’ouverture d’une enquête et dépêché des enquêteurs sur les lieux. Il a également demandé que le site soit préservé et que l’exploitant fournisse notamment le manifeste des passagers et l’identité du commandant de bord.
Une enquête qui devra aller au-delà de l’âge
Le crash de Kenge ne devrait donc pas donner lieu à des conclusions précipitées. L’enquête devra notamment reconstituer l’historique technique du 9S-GUC, examiner son programme de maintenance, ses moteurs et équipements, les circonstances du vol ainsi que les difficultés rencontrées avant l’accident.
Des sources locales rapportent que l’appareil aurait effectué plusieurs tours au-dessus de Kenge en cherchant un endroit où se poser avant de s’écraser. Ces éléments devront eux aussi être confrontés aux constatations techniques des enquêteurs.
Au-delà de l’émotion, le drame pose ainsi une question d’intérêt public : les mécanismes de contrôle de navigabilité et de surveillance des aéronefs anciens exploités en RDC offrent-ils toutes les garanties nécessaires ?
Le Travailleur
