La République démocratique du Congo veut franchir une nouvelle étape dans la simplification de son environnement des affaires. Lors de la 99ᵉ réunion du Conseil des ministres, tenue vendredi 25 septembre 2026, le Président Félix Tshisekedi a chargé le Gouvernement de prendre les dispositions nécessaires pour mettre en place un identifiant unique des entreprises.
Selon le compte rendu gouvernemental, l’objectif est de simplifier les procédures d’identification et de formalisation des entreprises et de mettre fin à la multiplication des étapes, numéros et références délivrés par différentes administrations publiques.
Un seul identifiant face à plusieurs administrations
La portée de cette réforme dépasse la simple création d’un numéro supplémentaire. L’enjeu est de permettre qu’une entreprise déjà identifiée par l’État n’ait plus à recommencer pratiquement la même procédure auprès de plusieurs services.
Cette problématique n’est pas nouvelle. Le cadre congolais a progressivement développé plusieurs mécanismes d’identification et de formalisation. Dès 2014, le formulaire unique de création d’entreprise coexistait notamment avec le RCCM, le numéro d’identification nationale et le numéro impôt.
L’ambition annoncée est donc de construire une référence commune pouvant être reconnue et utilisée par les différentes administrations concernées.
Une telle architecture pourrait faciliter les échanges de données entre services publics, réduire les formalités répétitives et limiter les coûts administratifs supportés par les entreprises.
Un levier contre l’informel et les tracasseries
L’enjeu est particulièrement important pour les PME et les entrepreneurs évoluant encore dans l’économie informelle. L’ANAPI reconnaît elle-même le poids du secteur informel et considère la simplification de la formalisation comme un moyen d’améliorer l’accès des entreprises aux marchés, au financement et aux dispositifs publics.
Pour l’État, une base d’identification plus cohérente peut également améliorer la connaissance du tissu économique, faciliter le suivi fiscal et limiter certaines possibilités de fraude ou de duplication des dossiers.
Mais il faudra trouver un équilibre : mieux identifier les entreprises ne doit pas signifier multiplier les contrôles et les tracasseries. La réussite devra aussi être mesurée par la diminution du temps, du coût et du nombre de démarches imposées aux opérateurs économiques.
La technologie seule ne suffira pas
C’est probablement le point déterminant de la réforme. Connecter les bases de données existantes ne suffira pas si chaque administration continue juridiquement à exiger son propre numéro, son propre formulaire ou les mêmes documents.
Le Gouvernement reconnaît ainsi la nécessité d’harmoniser, lorsque cela s’impose, les textes légaux et réglementaires afin de supprimer les exigences devenues redondantes ou obsolètes.
Cette orientation rejoint les réformes actuellement conduites dans le cadre de l’amélioration du climat des affaires. En septembre, l’ANAPI indiquait encore travailler sur la simplification des procédures, la réduction des délais et des coûts ainsi que sur le suivi numérique des réformes liées au programme Business Ready.
La RDC dispose par ailleurs depuis juin 2026 du RDC-PASS, présenté comme une infrastructure d’identification numérique destinée à faciliter l’accès aux services publics. Son déploiement repose notamment sur l’interopérabilité des registres et des plateformes publiques.
Le véritable test sera celui de l’application
Sur le papier, l’identifiant unique peut constituer une avancée majeure. Mais son efficacité dépendra de plusieurs conditions : interopérabilité réelle des administrations, sécurisation des données, clarification des responsabilités, révision des textes contradictoires et surtout suppression effective des anciennes formalités devenues inutiles.
La RDC a déjà engagé depuis plusieurs années des réformes destinées à simplifier la création des entreprises et à améliorer son climat des affaires. Le défi reste leur application concrète dans les administrations centrales comme provinciales. L’ANAPI souligne d’ailleurs régulièrement la nécessité de transformer les réformes adoptées en résultats perceptibles par les opérateurs économiques.
L’identifiant unique ne produira donc une véritable rupture que s’il devient la clé commune permettant aux administrations de reconnaître une entreprise sans lui demander continuellement les mêmes informations.
Si, en revanche, il vient simplement s’ajouter au RCCM, au numéro impôt, à l’identification nationale et aux autres références sectorielles sans en supprimer les doublons, la réforme risque de produire l’effet inverse : ajouter une formalité à celles qu’elle voulait éliminer.
Le succès de cette réforme ne se mesurera donc pas à la création d’un nouveau numéro, mais au nombre de démarches, de documents, de déplacements, de délais et de coûts qu’elle permettra réellement de supprimer pour l’entrepreneur congolais.
Le Travailleur
