La République démocratique du Congo veut aller au-delà de l’exportation de ses matières premières à l’état brut. À Luanda, en Angola, le vice-Premier ministre, ministre des Transports, Voies de communication et Désenclavement, Jean-Pierre Bemba, a lancé un appel aux États africains et aux investisseurs internationaux pour développer une industrie de fabrication de rails sur le continent.
Le membre du gouvernement congolais s’exprimait lundi 28 septembre 2026 à la deuxième édition de l’Angola Hub Transport & Logistics Summit (AHTLS 2026), organisée du 28 au 30 septembre au Centre de conventions de Talatona, à Luanda. Cette rencontre rassemble notamment des responsables publics, investisseurs et acteurs du secteur des transports autour de l’intégration régionale et des infrastructures.
« Nous disposons de gisements très importants de fer au niveau de la RDC (…) et nous recherchons un consortium de sociétés qui pourraient non pas simplement exporter cette terre de fer qu’il y a, mais le transformer en acier pour ensuite le transformer en rail », a déclaré Jean-Pierre Bemba, selon la communication de son ministère.
De la mine au rail
L’ambition présentée à Luanda repose ainsi sur une chaîne de transformation : extraire le minerai de fer en RDC, le transformer en acier, puis fabriquer des rails destinés notamment au développement des infrastructures ferroviaires africaines.
Jean-Pierre Bemba a annoncé dans cette perspective un appel à manifestation d’intérêt auprès des investisseurs. Kinshasa souhaite attirer des partenaires capables d’accompagner la création d’une capacité industrielle allant de l’exploitation du fer à la production de rails.
Cette orientation intervient au moment où plusieurs pays africains cherchent à renforcer leurs corridors de transport et leur interconnexion. Pour la RDC, l’enjeu est particulièrement stratégique : pays enclavé dans une grande partie de son territoire, elle dépend de corridors régionaux pour accéder plus efficacement aux marchés internationaux.
Le corridor de Lobito constitue l’un des axes majeurs de cette stratégie. Le réseau exploité par Lobito Atlantic Railway relie Kolwezi au port angolais de Lobito sur environ 1 739 kilomètres, dont quelque 450 kilomètres en territoire congolais entre Kolwezi et la frontière angolaise.
Produire les rails plutôt que seulement exporter les minerais
La proposition défendue par Jean-Pierre Bemba pose une question économique fondamentale : l’Afrique peut-elle construire ses grandes infrastructures avec des matériaux davantage transformés sur le continent ?
Pour la RDC, le changement serait important. Transformer localement le minerai de fer avant de fabriquer des rails permettrait théoriquement de conserver une part plus importante de la valeur ajoutée, de développer des compétences industrielles et de créer des activités autour de la sidérurgie et du ferroviaire.
Mais entre l’ambition politique et la production industrielle, plusieurs conditions devront être réunies. Une industrie sidérurgique compétitive exige des investissements lourds, une alimentation énergétique fiable, des infrastructures logistiques performantes, des technologies adaptées, des financements de long terme et surtout un marché suffisamment important pour assurer la rentabilité des installations.
C’est précisément là que la dimension continentale de l’appel lancé à Luanda prend son sens. Une usine produisant uniquement pour les besoins immédiats d’un seul réseau national pourrait rencontrer des limites économiques. Une production destinée à plusieurs projets ferroviaires africains offrirait potentiellement une autre échelle de marché.
Le défi sera donc de transformer l’appel aux investisseurs en projet industriel bancable, avec des études de faisabilité, un modèle économique, des partenaires identifiés, des garanties d’approvisionnement et des débouchés clairement établis.
De l’annonce aux investissements
L’initiative présentée à Luanda traduit néanmoins une évolution importante du discours sur les infrastructures : il ne s’agit plus seulement de rechercher des financements pour construire des chemins de fer, mais aussi de réfléchir à la localisation en Afrique d’une partie de l’industrie nécessaire à leur réalisation.
Pour la RDC, riche en ressources minières mais confrontée à un important déficit d’infrastructures, l’équation est désormais claire : faire du minerai non plus seulement une ressource à exporter, mais la matière première d’une industrie capable de soutenir son propre désenclavement.
La prochaine étape sera déterminante. Après l’appel lancé par Jean-Pierre Bemba à Luanda, investisseurs et pouvoirs publics devront démontrer que le projet peut franchir le cap des intentions pour déboucher sur des investissements industriels concrets.
Car la véritable mesure du succès ne sera pas l’annonce d’une industrie africaine du rail, mais la sortie effective des premiers rails d’une chaîne de production implantée sur le continent.
Le Travailleur
