Depuis plusieurs jours, des vidéos, témoignages et messages se multiplient sur Facebook, TikTok et d’autres plateformes. Des habitants de Bandalungwa, Limete, Lemba, Salongo, Kintambo et même de certains quartiers de la Gombe dénoncent des interruptions qui, selon leurs témoignages, dureraient parfois plusieurs semaines ou plusieurs mois. Certains réclament désormais ouvertement le départ du directeur général de la SNEL, Teddy Lwamba. Radio Okapi rapporte ce 1er octobre cette montée de la contestation, tout en précisant que le DG n’avait pas encore répondu à sa sollicitation au moment de la publication de son article.
La pression ne vient plus uniquement des réseaux sociaux. Plusieurs médias ont consacré ces derniers jours des articles critiques à la gestion de l’entreprise et à la persistance des délestages. Certains mettent directement en cause le bilan de Teddy Lwamba après sa première année à la tête de la SNEL. Il s’agit toutefois d’appréciations éditoriales ou de revendications d’abonnés et d’agents, et non d’une démonstration que la responsabilité de la crise incomberait au seul directeur général.
La question a même atteint le terrain parlementaire. Le député national John Efambe Ekamba a déposé le 22 septembre une question orale avec débat adressée au DG de la SNEL afin qu’il fournisse des explications sur les coupures récurrentes d’électricité à Kinshasa.
Une coïncidence qui accentue la grogne : la SNEL réclame ses impayés
Autre élément susceptible d’accentuer le mécontentement : alors que des abonnés dénoncent la détérioration du service, la SNEL a lancé ce 1er octobre 2026 une opération de recouvrement forcé et intensif des factures impayées à Kinshasa.
L’entreprise prévient que les clients qui ne régulariseront pas leurs factures pourront être privés d’électricité et que le rétablissement sera conditionné au règlement des arriérés et des frais correspondants.
Le contraste est politiquement et socialement sensible : la SNEL exige le paiement de l’électricité au moment même où certains consommateurs affirment rester longtemps sans courant. Certains abonnés interrogés par Radio Okapi disent même continuer à recevoir des factures malgré des interruptions prolongées.
C’est précisément sur ce terrain que la direction générale est aujourd’hui attendue : expliquer non seulement les causes techniques des délestages, mais également les règles de facturation, le calendrier des réparations et les investissements susceptibles d’améliorer durablement la desserte.
Mais peut-on imputer toute la crise au DG ?
Une analyse rigoureuse impose cependant d’aller au-delà des attaques personnelles.
Les difficultés actuelles reposent sur des problèmes beaucoup plus anciens : déficit entre l’offre et la demande, croissance démographique, extension désordonnée de Kinshasa, vétusté de certaines infrastructures, insuffisance des capacités de transport et de distribution et contraintes affectant la production hydroélectrique.
La SNEL a ainsi expliqué en septembre que la baisse saisonnière des eaux de l’Inkisi réduisait la puissance disponible et imposait, dans certains secteurs de Kinshasa, des rotations de délestage pouvant atteindre environ huit heures.
Cette explication technique n’efface cependant pas la question de la responsabilité managériale. Elle la déplace : quelles mesures ont été anticipées pour limiter les effets d’un phénomène saisonnier connu ? Quels investissements ont effectivement été réalisés ? Quel calendrier est proposé aux abonnés pour sortir des délestages récurrents ?
C’est sur des réponses chiffrées à ces questions que le bilan de la direction de la SNEL peut être examiné, plutôt que sur les seules attaques circulant sur les réseaux sociaux.
Une crise ancienne aggravée par une demande galopante
Cette prudence est d’autant plus nécessaire que le déficit électrique de Kinshasa ne date pas de la direction actuelle.
Déjà en 2024, Denis Tukuzu, responsable à la SNEL, évaluait les besoins de Kinshasa à 1 250 MW, pour seulement 550 MW disponibles, soit un déficit d’environ 700 MW. Il signalait parallèlement quelque 7 200 nouvelles demandes de raccordement par an et une augmentation démographique estimée à environ 500 000 habitants annuellement.
Ces données montrent que la direction actuelle hérite d’un système structurellement sous-dimensionné. Mais elles posent également une question de résultats : quelles réponses nouvelles apporter à une crise dont le diagnostic est connu depuis plusieurs années ?
Au-delà de Teddy Lwamba, la SNEL face à l’obligation de résultats
La multiplication des critiques contre Teddy Lwamba traduit avant tout une exaspération : pour l’abonné, la performance de la SNEL se mesure finalement à une chose très simple avoir du courant lorsqu’il en a besoin.
Inga I et II disposent ensemble de 1 775 MW de puissance installée. Kinshasa, elle, connaît depuis des années un déficit considérable, aggravé par sa croissance démographique et urbaine.
Faire du seul DG l’origine de tous les problèmes serait donc réducteur. Mais invoquer uniquement l’étiage, la démographie ou la vétusté des infrastructures ne peut davantage suffire à répondre aux consommateurs.
La crise actuelle impose désormais davantage de transparence : combien de mégawatts Kinshasa reçoit-elle réellement aujourd’hui ? Quel est son besoin actualisé en 2026 ? Quelle puissance manque-t-il exactement ? Quels quartiers sont soumis au délestage et selon quel programme ? Quels investissements ont été réalisés et quand produiront-ils leurs effets ?
C’est probablement là que se situe désormais le véritable enjeu pour Teddy Lwamba et son équipe : passer des explications techniques aux résultats mesurables dans les prises des Kinois.
Car derrière la bataille qui se déroule aujourd’hui dans les médias et sur les réseaux sociaux se trouve une question beaucoup plus importante que le sort d’un dirigeant : comment remettre durablement sous tension une capitale dont la croissance semble aller beaucoup plus vite que son système électrique ?
Belo
