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Haut-Uélé : La Pollution Présumée De La Rivière Tanzi Relance Les Appels à Une Enquête Indépendante.

La situation environnementale de la rivière Tanzi, dans la province du Haut-Uélé, suscite une inquiétude croissante. L’association Le Cri des victimes du Congo pour les droits de l’Homme (CVC-DH) demande aux autorités judiciaires congolaises l’ouverture d’une enquête indépendante, impartiale et transparente afin d’établir les circonstances de l’incident et, le cas échéant, les responsabilités pénales, administratives ou de contrôle.


Cette demande intervient après le renversement, le 29 septembre 2026, d’un camion travaillant pour Kibali Gold Mine, sur l’axe Makoro-Abinva, entre Tanzi et Abinva. Des organisations locales ont ensuite signalé la présence de poissons morts dans la rivière, alimentant les craintes des communautés qui dépendent de ce cours d’eau. 


Acide ou chaux : des versions divergentes


La nature du produit transporté constitue l’un des principaux points à éclaircir.


Les premières alertes de la société civile évoquaient de l’acide. Kibali Gold Mine a cependant démenti cette version. Dans un communiqué daté du 29 septembre, l’entreprise affirme que le camion transportait de la chaux et non de l’acide. Elle soutient également avoir mobilisé ses équipes pour sécuriser la zone. 


À ce stade, aucune analyse indépendante rendue publique ne permet toutefois d’établir avec certitude la nature et la quantité du produit effectivement déversé dans la rivière, ni de déterminer scientifiquement le lien éventuel entre l’accident et la mortalité des poissons signalée dans les jours suivants. 


Cette incertitude explique les appels à des prélèvements et analyses en laboratoire.


Le CVC-DH veut que toutes les responsabilités soient examinées


Dans son communiqué, le CVC-DH demande que l’enquête ne se limite pas à l’identification du produit transporté, mais examine l’ensemble de la chaîne de responsabilités.


L’organisation réclame que soient établies « les circonstances exactes de l’incident » ainsi que les responsabilités éventuelles des personnes physiques ou morales et celles pouvant relever des mécanismes administratifs ou de contrôle.


Elle estime que toute responsabilité pénale établie conformément à la législation congolaise devrait conduire aux poursuites appropriées.


Cette démarche rejoint les préoccupations exprimées par plusieurs structures de la société civile locale. Une mission associant notamment des acteurs de la société civile et des autorités locales a également été annoncée afin de documenter la mortalité des poissons et les circonstances de l’incident. 


Une question de santé publique


Au-delà de la recherche des responsabilités, l’urgence concerne les populations riveraines.


La rivière Tanzi est notamment utilisée pour l’approvisionnement en eau, la pêche, l’agriculture et certaines activités d’orpaillage. Des organisations locales ont donc recommandé aux habitants, par précaution, de ne pas consommer l’eau de la rivière ni les poissons provenant de la zone concernée avant la publication des résultats d’analyses fiables. 


La mortalité observée parmi les organismes aquatiques ne suffit cependant pas, à elle seule, à identifier la substance responsable. Des analyses physico-chimiques et environnementales restent nécessaires pour déterminer l’origine exacte du phénomène.


Seule une expertise indépendante peut départager les versions


L’affaire Tanzi pose désormais trois questions distinctes : quel produit a réellement atteint la rivière, dans quelle quantité et avec quelles conséquences sur l’eau et l’écosystème ?


L’affirmation de Kibali Gold Mine selon laquelle le camion transportait de la chaux constitue un élément important, mais elle ne remplace pas une expertise indépendante. À l’inverse, les accusations évoquant un déversement d’acide ne peuvent être considérées comme établies en l’absence de résultats scientifiques.


La priorité devrait donc être la réalisation rapide de prélèvements en différents points notamment en amont et en aval du lieu de l’accident ainsi que la publication intégrale des résultats. Cette transparence permettrait de protéger les populations, d’éviter les spéculations et, si une pollution est confirmée, d’en identifier la source et d’en déterminer les responsabilités.


Dans l’affaire de la rivière Tanzi, ni les démentis de l’entreprise ni les accusations formulées localement ne devraient se substituer aux preuves scientifiques. La publication d’analyses indépendantes apparaît désormais indispensable pour établir les faits, mesurer l’éventuel dommage environnemental et déterminer, le cas échéant, les responsabilités.


Le Travailleur