La préparation du « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État » franchit progressivement de nouvelles étapes. Mais à mesure que le processus prend forme, une question devient centrale : qui sera réellement autour de la table et selon quelles règles ?
Samedi 3 octobre à Lubumbashi, Anthony Nkinzo Kamole, directeur de cabinet du président Félix Tshisekedi, accompagné notamment de Fortunat Biselele, a rencontré Mgr Fulgence Muteba Mugalu, président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO).
La délégation présidentielle a présenté les orientations du chef de l’État et recueilli les observations du prélat catholique. La CENCO s’est déclarée ouverte au dialogue, tout en insistant sur deux principes : l’inclusivité et la crédibilité du processus.
Un dialogue voulu pour dépasser le partage des postes
Lors du lancement officiel du processus, le 28 août, Félix Tshisekedi avait présenté ce dialogue comme un instrument destiné à s’attaquer aux causes structurelles de l’instabilité congolaise.
Le président avait notamment critiqué les précédents arrangements politiques qui, selon lui, ont trop souvent privilégié le partage des fonctions au détriment de la consolidation des institutions. Le processus annoncé doit être limité à trois mois et partir de consultations à la base avant d’atteindre le niveau national.
Cette ambition donne au dialogue une portée qui dépasse, en principe, une simple négociation entre majorité et opposition. Il devrait aborder la paix, la cohésion nationale et la refondation de l’État.
Mais c’est précisément l’ampleur de cette ambition qui rend la définition de son format particulièrement sensible.
Qui doit être autour de la table ?
Pouvoir, opposition politique, société civile, confessions religieuses, mouvements citoyens, diaspora : sur ces catégories, le principe d’une représentation large paraît défendable.
La difficulté devient plus importante lorsqu’il s’agit de déterminer la place des acteurs liés aux conflits armés.
Dans un pays confronté à une grave crise sécuritaire dans l’Est, un dialogue présenté comme une initiative de paix peut difficilement éviter la question des protagonistes du conflit. Mais leur éventuelle participation soulève simultanément des questions de souveraineté, de justice et de responsabilité.
L’inclusivité ne signifie donc pas nécessairement l’absence de critères. Elle suppose plutôt de définir, de manière transparente, qui participe, à quel titre et pour discuter de quoi.
La crédibilité avant les participants
Le débat ne se limite d’ailleurs pas à la liste des invités.
La crédibilité du dialogue dépendra également de la manière dont seront fixés son ordre du jour, sa facilitation, ses mécanismes de décision et surtout les garanties d’application des résolutions.
Les divergences entre le pouvoir et la coalition CENCO-ECC sur les contours du processus continuent d’alimenter les discussions dans la presse congolaise.
C’est ici que l’insistance de la CENCO sur la crédibilité prend tout son sens. Un dialogue très largement représentatif peut échouer si ses participants considèrent que les règles ont été déterminées à l’avance par une seule partie. Inversement, une bonne architecture institutionnelle ne suffira pas si des forces politiques ou sociales majeures restent en dehors du processus.
La RDC n’en est pas à son premier dialogue. De Sun City aux concertations nationales, en passant par les différents arrangements politiques conclus au cours des crises successives, le pays possède une longue expérience des négociations.
Le problème n’est donc plus simplement de réunir des Congolais autour d’une table.
Le véritable défi consiste à éviter qu’un nouveau dialogue ne devienne une négociation supplémentaire sur le partage du pouvoir.
Si l’objectif annoncé est réellement la refondation de l’État, les discussions devront aller au-delà des ambitions individuelles : fonctionnement des institutions, sécurité, justice, gouvernance, lutte contre la corruption, gestion des ressources naturelles, élections et amélioration des conditions de vie de la population devraient trouver leur place dans le débat.
La rencontre entre la Présidence et la CENCO constitue donc une étape importante, mais elle ne règle pas encore l’équation essentielle : comment construire un processus suffisamment inclusif pour être accepté, sans transformer le dialogue en un nouveau marché politique ?
Le succès du dialogue national ne se mesurera ni au nombre de participants ni à la durée des travaux. Il dépendra de sa capacité à produire des engagements applicables et à restaurer la confiance entre l’État, les forces politiques et la population.
Avant de savoir qui gagnera quelque chose au dialogue, la question fondamentale devrait être : qu’est-ce que la République démocratique du Congo doit en gagner ?
Le Travailleur
