La question de la rémunération et des avantages accordés aux agents des régies financières revient au centre des revendications sociales en République démocratique du Congo. Guy Kuku, responsable syndical de la Confédération démocratique des travailleurs (CDT), a interpellé le ministre des Finances, Doudou Fwamba, au sujet de la rétrocession destinée notamment aux agents de la Direction générale des impôts (DGI).
Intervenant au cours d’une émission télévisée, Guy Kuku affirme que la rétrocession n’aurait pas été payée pour les mois de juillet, août et septembre 2026. Il demande au ministre des Finances de respecter les engagements pris envers les travailleurs concernés.
« Non seulement il viole la loi, mais il applique la loi du plus fort et crée une certaine dépendance, comme si cela devait dépendre de ses humeurs, de son bon vouloir », a déclaré le syndicaliste, mettant directement en cause la gestion du dossier par le ministre.
Ces propos relèvent toutefois des accusations de Guy Kuku. À ce stade, les recherches effectuées par Le Travailleur n’ont pas permis d’obtenir une réaction publique récente du ministère des Finances confirmant ou contestant spécifiquement l’existence d’impayés pour les trois mois cités.
Une revendication qui ne date pas d’aujourd’hui
Le dossier est ancien. Dès février 2022, Guy Kuku, au nom de la CDT, réclamait déjà une amélioration du mécanisme de rétrocession et de rémunération des agents de la DGI. Il dénonçait notamment l’insuffisance des avantages accordés aux agents malgré les performances enregistrées dans la mobilisation des recettes publiques.
Le mécanisme de rétrocession aux régies financières est effectivement inscrit dans les finances publiques. Le projet de loi de finances 2026 prévoyait notamment une enveloppe spécifique pour la rétrocession aux régies financières, dont une part importante destinée à la DGI.
Les propres documents de la DGI montrent également l’importance de cette ressource. Pour l’exercice 2023, la régie indiquait avoir reçu plus de 470,5 milliards de FC au titre de la rétrocession, auxquels s’ajoutait une prime spéciale de performance. Une partie substantielle de ces ressources avait été consacrée à la motivation du personnel.
La tension autour de ces primes s’est déjà manifestée en 2026. En juillet, des agents des régies financières avaient réclamé le règlement d’arriérés de primes de rétrocession ou de plus-value. Des sources citées à l’époque faisaient état d’un processus gouvernemental de décaissement destiné à régulariser la situation.
« Quand il promet, il ne réalise pas »
Guy Kuku affirme que des démarches ont déjà été entreprises auprès du ministre des Finances, sans produire, selon lui, les résultats attendus.
« Les collègues sont partis le voir, mais quand il promet, il ne réalise pas », a-t-il déclaré.
Le responsable syndical prévient que, faute de solution, les travailleurs pourraient envisager d’autres formes d’action. Il dit toutefois vouloir éviter une escalade compte tenu du contexte général du pays.
« La deuxième option, c’est que les travailleurs se prennent en charge. C’est une hypothèse que nous sommes en train d’envisager. Nous ne voulons pas arriver à ce niveau, étant donné que la situation n’est pas bonne dans le pays et qu’il ne faut pas pousser les gens à la faute », a-t-il averti.
Cette déclaration sonne comme une mise en garde adressée au gouvernement, sans préciser à ce stade la forme que pourrait prendre une éventuelle action collective.
Pour Guy Kuku, la solution passe d’abord par l’application des textes et le respect des engagements envers les agents concernés. Au-delà de la confrontation verbale, le dossier appelle désormais une clarification du ministère des Finances sur l’état exact des paiements de juillet, août et septembre 2026.
Une communication officielle sur les montants dus, les périodes effectivement payées et le calendrier d’apurement permettrait d’établir les faits et d’éviter que le différend ne débouche sur un nouveau mouvement social au sein d’une administration stratégique pour la mobilisation des recettes publiques.
Lisa Leko
