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RDC : Quand L’Assemblée Nationale Demande Aux Députés De Documenter Leurs « Réalisations », Le Débat Sur Leur Véritable Rôle Refait Surface.

Dans un communiqué daté du 5 octobre 2026, le Bureau de l’Assemblée nationale invite les députés nationaux à transmettre photos, vidéos et coûts de leurs réalisations dans leurs circonscriptions. Une démarche qui soulève une question institutionnelle essentielle : un député est-il élu pour construire des écoles, des routes et des centres de santé, ou d’abord pour légiférer, contrôler l’action publique et représenter la Nation ?


Des députés appelés à présenter leurs réalisations


Le communiqué officiel n°162/AN/CAB.RAPP./ABA/ELG/SO-SEPT-2026, signé le 5 octobre 2026 par le rapporteur de l’Assemblée nationale, Jacques Djoli Eseng’Ekeli, demande aux députés nationaux de transmettre, au plus tard le 15 octobre, des supports photographiques et vidéos relatifs à leurs réalisations dans leurs circonscriptions électorales.


Selon le document, ces éléments doivent être accompagnés du coût financier de chaque réalisation et préciser le type d’ouvrage concerné : école, pont, centre de santé, route, œuvre sociale, investissement socio-économique ou action humanitaire.


L’objectif annoncé est l’élaboration d’un document consacré aux réalisations des élus dans leurs circonscriptions.


Mais quel est exactement le rôle constitutionnel d’un député ?


La formulation du communiqué ouvre une réflexion de fond sur la fonction parlementaire.


La Constitution congolaise est relativement précise. Son article 100 dispose que le Parlement « vote les lois » et « contrôle le Gouvernement, les entreprises publiques ainsi que les établissements et les services publics ». L’article 101 ajoute un principe fondamental : « Le député national représente la Nation ». 


Autrement dit, juridiquement, le député national n’est pas un exécutif local chargé de construire directement une route, une école ou un centre de santé. Sa fonction constitutionnelle première est législative, représentative et de contrôle.


Il peut évidemment défendre les besoins de sa circonscription, porter les préoccupations de ses électeurs, effectuer des actions sociales sur fonds privés ou mobiliser des partenaires. Mais ces initiatives doivent être distinguées de l’exécution des politiques et investissements publics.


La question essentielle : qui finance les « réalisations » ?


C’est probablement le point qui mérite le plus de transparence.


Lorsqu’un député présente une école, un pont, une route ou un centre de santé comme une « réalisation », il devient nécessaire de préciser l’origine du financement : fonds personnels de l’élu, financement public inscrit au budget de l’État, programme gouvernemental, financement provincial, fonds d’une institution publique, contribution communautaire ou soutien d’un partenaire privé ?


Cette distinction est importante pour la redevabilité démocratique. Une infrastructure financée par le Trésor public reste une réalisation publique, même lorsqu’un parlementaire a plaidé pour son financement ou facilité son inscription dans un programme.


Le communiqué présente néanmoins un élément intéressant en demandant que le coût financier de chaque réalisation soit indiqué. Une transparence plus complète consisterait également à documenter systématiquement la source du financement.


Député ou bâtisseur : ne pas confondre les responsabilités


Dans l’opinion congolaise, le député est souvent évalué à travers une question simple : « Qu’avez-vous construit dans votre circonscription ? »


Cette attente est compréhensible dans des territoires confrontés au manque de routes, d’écoles, d’électricité, d’eau potable et de structures sanitaires. Mais elle peut déplacer progressivement la perception de la fonction parlementaire.


Un député peut contribuer au développement de sa circonscription en portant ses besoins au niveau national. Cependant, l’une de ses contributions institutionnelles majeures consiste précisément à vérifier que le Gouvernement et les services publics utilisent correctement l’argent voté pour construire ces infrastructures.


La session parlementaire de mars 2026 avait d’ailleurs été présentée comme consacrée notamment au contrôle de l’action gouvernementale et à l’examen des textes législatifs, conformément aux fonctions du Parlement. 


Ainsi, le bilan d’un député pourrait aussi être mesuré à travers les propositions de loi déposées, les interventions en plénière, les questions écrites ou orales adressées au Gouvernement, les commissions d’enquête ou missions de contrôle auxquelles il participe, son assiduité et sa capacité à porter les préoccupations de la population.


Une occasion de renforcer la redevabilité


L’initiative de l’Assemblée nationale pourrait donc aller au-delà d’un catalogue photographique d’infrastructures. Elle pourrait devenir un véritable rapport de redevabilité parlementaire, distinguant clairement l’action législative, le contrôle parlementaire, la représentation des citoyens, le plaidoyer pour les projets de développement et les initiatives sociales financées personnellement ou par des partenaires.


Cette distinction permettrait au citoyen de savoir non seulement ce que son député a contribué à faire construire, mais surtout comment il a exercé le mandat national qui lui a été confié.


Car, dans une démocratie parlementaire, la valeur du député ne se mesure pas uniquement au nombre de bâtiments qu’il peut montrer en photo. Elle se mesure aussi à sa capacité à faire de bonnes lois, à défendre les préoccupations des citoyens et à demander des comptes à ceux qui administrent les ressources publiques.


Le véritable débat ouvert par ce communiqué est donc celui-ci : faut-il juger le député comme un exécutant de projets ou comme un représentant de la Nation chargé de légiférer, contrôler et porter la voix des citoyens ? La Constitution congolaise fournit déjà une grande partie de la réponse. 


Le Travailleur