Richesse, voitures de luxe, célébrité et ascension fulgurante : Wicknell Chivayo et Genius « Ginimbi » Kadungure ont incarné une certaine réussite spectaculaire au Zimbabwe. À six ans d’intervalle, leurs destins se sont achevés brutalement dans deux accidents.
La disparition de l’homme d’affaires zimbabwéen Wicknell Chivayo, le 30 septembre 2026, a ravivé le souvenir d’un autre personnage emblématique du monde des affaires et du luxe en Afrique australe : Genius « Ginimbi » Kadungure, mort le 8 novembre 2020.
Les deux hommes n’étaient pas seulement connus pour leurs activités économiques. Ils avaient fait de leur fortune et de leur mode de vie une véritable vitrine publique : voitures prestigieuses, résidences imposantes, voyages, fêtes, vêtements de marque et présence permanente sur les réseaux sociaux.
Le parallèle entre leurs parcours est saisissant, même si rien ne permet d’établir un quelconque lien entre les circonstances de leurs décès.
Ginimbi, du commerce du gaz au « roi du bling »
Né en 1984 à Domboshava, près de Harare, Genius Kadungure s’était lancé très jeune dans les affaires. Il avait notamment développé ses activités dans le commerce du gaz à travers Pioneer Gases et Piko Trading, avec des intérêts au Zimbabwe et dans plusieurs pays de la région. La justice zimbabwéenne le décrira plus tard comme un homme d’affaires important disposant d’intérêts au Zimbabwe, au Botswana et en Afrique du Sud.
Mais auprès du grand public, Ginimbi était surtout devenu le symbole d’une réussite affichée sans complexe. Rolls-Royce, Ferrari, Lamborghini et fêtes somptueuses alimentaient régulièrement ses publications sur les réseaux sociaux.
Sa fortune exacte n’a toutefois jamais été établie publiquement. C’est pourquoi le terme de « milliardaire », souvent employé à son sujet dans les médias et sur les réseaux sociaux, doit être utilisé avec prudence.
Le 8 novembre 2020, à seulement 36 ans, son destin bascule. La Rolls-Royce Wraith qu’il conduisait entre en collision avec une Honda Fit sur Borrowdale Road, à Harare. Le véhicule quitte ensuite la chaussée avant de prendre feu. Ginimbi et trois autres personnes perdent la vie.
Six ans plus tard, Chivayo disparaît à son tour
Le destin de Wicknell Chivayo présente d’étonnantes similitudes.
Connu sous le nom de « Sir Wicknell », l’homme d’affaires était devenu l’une des figures les plus médiatisées du Zimbabwe. Ses voitures de luxe, avions privés, montres et vêtements haut de gamme occupaient une place importante dans son image publique. Il s’était également fait connaître par des dons spectaculaires de véhicules et d’argent.
Son influence dépassait largement les frontières du Zimbabwe. Chivayo entretenait des relations publiques avec plusieurs dirigeants africains et avait notamment été photographié aux côtés du président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa et du président kényan William Ruto.
Son parcours n’était cependant pas exempt de controverses. Plusieurs contrats publics et affaires judiciaires avaient suscité interrogations et accusations. Certaines procédures engagées contre lui avaient toutefois été rejetées par les tribunaux ou abandonnées par les autorités compétentes.
Le 30 septembre 2026, Chivayo voyage à bord d’un hélicoptère privé avec son épouse, Lucy Muteke, et d’autres occupants. L’appareil s’écrase dans la région de Marondera, à environ 70 kilomètres au sud-est de Harare. Il n’y a aucun survivant. Les autorités de l’aviation civile ont ouvert une enquête afin de déterminer les causes précises du crash.
Deux hommes, deux accidents, une même fascination pour le luxe
La mort de Chivayo a immédiatement entraîné des comparaisons avec celle de Ginimbi.
Les ressemblances existent : deux hommes d’affaires zimbabwéens devenus célèbres relativement jeunes, une richesse ostensiblement affichée, une passion pour les moyens de transport luxueux et deux décès brutaux dans des accidents.
Ginimbi meurt dans sa Rolls-Royce en 2020. Chivayo disparaît dans un hélicoptère privé près de six ans plus tard.
Mais ces parallèles ne doivent pas conduire à transformer les coïncidences en théories. Aucune preuve ne permet d’établir un lien entre les deux accidents, et les causes du crash de l’hélicoptère de Chivayo restent soumises aux conclusions de l’enquête officielle.
Les deux hommes se connaissaient par ailleurs et leurs noms avaient même été associés dans une affaire judiciaire en 2018, élément qui contribue aujourd’hui à relancer les comparaisons entre leurs parcours.
Une question sur le modèle de réussite
Au-delà de la dimension tragique, les parcours de Ginimbi et Chivayo interrogent la fascination contemporaine pour la richesse spectaculaire.
Tous deux avaient compris la puissance des réseaux sociaux : la voiture, la maison, les voyages et les cadeaux devenaient autant des signes de réussite que des instruments de communication.
Leur disparition rappelle cependant une réalité beaucoup plus simple : derrière l’image parfois démesurée construite autour de la fortune, la célébrité ne protège ni de l’accident ni de la fragilité de l’existence.
Six années séparent les morts de Ginimbi et de Chivayo. L’un est parti dans les débris d’une Rolls-Royce, l’autre dans ceux d’un hélicoptère. Deux trajectoires différentes, deux fortunes dont l’ampleur exacte reste difficile à vérifier, mais une même empreinte dans l’imaginaire populaire africain : celle d’hommes qui avaient transformé leur réussite en spectacle public avant que leur ascension ne soit brutalement interrompue.
Le Travailleur
